Sognato per l’inverno

RÊVÉ POUR L’HIVER

L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose

Avec des coussins bleus.

Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose

Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’oeil, pour ne point voir, par la glace,

Grimacer les ombres des soirs,

Ces monstruosités hargneuses, populace

De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée…

Un petit baiser, comme une folle araignée,

Te courra par le cou…

Et tu me diras : “Cherche !”, en inclinant la tête,

- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête

- Qui voyage beaucoup…

§

L’inverno noi andremo in un vagone rosa
con i cuscini azzurri.
Staremo bene, cara. Folli baci si annidano
in quella morbidezza.
Abbasserai le palpebre per non veder dal vetro
le ombre che fan smorfie,
mostri serali arcigni, una nera plebaglia
di demoni e di lupi.

A un tratto sulla guancia sentirai come un graffio…
un bacio leggerissimo ti correrà sul collo
come un ragno impazzito…

Tu mi dirai “Cercalo!” piegando un pò la testa…
Ci occorrerà del tempo per trovar quella bestia
che va di qua e di là.

ARTHUR RIMBAUD

Canzone della più alta torre

CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR

Oisive jeunesse
À tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah! que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent.

Je me suis dit : laisse,
Et qu’on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t’arrête
Auguste retraite.

J’ai tant fait patience
Qu’à jamais j’oublie;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Ainsi la Prairie
À l’oubli livrée,
Grandie, et fleurie
D’encens et d’ivraies,
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.

Ah! Mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n’a que l’image
De la Notre-Dame!
Est-ce que l’on prie
La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse
À tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah! que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent.

 §

Oziosa giovinezza a tutto asservita, per delicatezza ho perduto la mia vita.

Ah, venga il tempo in cui i cuori s’innamorino!

Mi sono detto: Lascia, e non ti si veda. E senza la promessa delle gioie più alte, nulla t’arresti, augusto ritiro.

O mille vedovanze della sì povera anima, che ha soltanto l’immagine della Nostra Signora: si prega la Vergine Maria?

Ho tanto pazientato che per sempre oblio; timori e sofferenze si sono involati per i cieli. E la sete malsana oscura le mie vene.

Così la prateria abbandonata all’oblio; ingrandita e fiorita d’incenso e di loglio; al ronzio feroce di cento sudice mosche.

Oziosa giovinezza a tutto asservita, per delicatezza ho perduto la mia vita.

Ah, venga il tempo in cui i cuori s’innamorino!

ARTHUR RIMBAUD

La maliziosa

LA MALINE

Dans la salle à manger brune, que parfumait
Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise
Je ramassais un plat de je ne sais quel mets
Belge, et je m’épatais dans mon immense chaise.

En mangeant, j’écoutais l’horloge, – heureux et coi.
La cuisine s’ouvrit avec une bouffée,
Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi,
Fichu moitié défait, malinement coiffée

Et, tout en promenant son petit doigt tremblant
Sur sa joue, un velours de pêche rose et blanc,
En faisant, de sa lèvre enfantine, une moue,

Elle arrangeait les plats, près de moi, pour m’aiser ;
- Puis, comme ça, – bien sûr pour avoir un baiser, -
Tout bas : “Sens donc, j’ai pris une froid sur la joue…”

§

Nella sala da pranzo bruna, profumata
D’un sentore di frutta e di vernice, prendo
Comodamente un piatto di non so qual pietanza
Belga, e mi lascio andare dentro alla sedia immensa.

Mangiando, lieto e calmo, ascolto l’orologio.
Si apre con un colpo di vento la cucina,
- Ed ecco venire, chissà perché, la serva,
Spettinata con arte, scialle sfatto,

E con ditino incerto sfiorandosi una guancia,
Velluto biancorosa di pesca, e atteggiando
A smorfia quella sua bocca infantile,

Per meglio accomodarmi dispone intorno i piatti;
- E poi, così, – ma si, voleva un bacio,-
Pian piano: “Senti, dice, ho una freddo alla guancia…”

ARTHUR RIMBAUD

Sensazione

SENSATION

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien,
Mais l’amour infini me montera dans l’âme ;
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, heureux- comme avec une femme.

§

Nelle sere azzurre d’estate andrò per i sentieri,
pizzicato dal grano, a calpestare l’erba tenera:
come in sogno ne sentirò il fresco nei piedi.
Lascerò che il vento bagni la mia testa nuda.
Non dirò nulla, non penserò a niente:
ma l’amore che non ha fine mi riempirà l’anima,
e andrò lontano, molto lontano, come un vagabondo
attraverso la Natura, felice come quando si sta con una donna.

ARTHUR RIMBAUD

Marina

MARINE

Les chars d’ argent et de cuivre –

Les proues d’acier et d’ argent –

Battent l’ écume, –

Soulèvent les souches des ronces.

Les courants de la lande,

Et les ornières immenses du reflux,

Filent circulairement vers l’est,

Vers les piliers de la foret,

Vers les futs de la jetée,

Dont l’ angle est heurté par des tourbillons de lumière.

§

I carri d’argento e di rame,

le prore d’acciaio e d’argento,

battono la schiuma,

sollevano i ceppi dei pruni.

Le correnti della landa

e le strade immense del riflusso

filano circolarmente verso l’est,

verso i pilastri della foresta,

verso i fusti della gettata,

il cui angolo è urtato da turbini di luce.

ARTHUR RIMBAUD

Preghiera della sera

ORAISON DU SOIR

Je vis assis, tel qu’un ange aux mains d’un barbier,
Empoignant une chope à fortes cannelures,
L’hypogastre et le col cambrés, une Gambier
Aux dents, sous l’air gonflé d’impalpables voilures.

Tels que les excréments chauds d’un vieux colombier,
Mille rêves en moi font de douces brûlures :
Puis par instants mon coeur triste est comme un aubier
Qu’ensanglante l’or jeune et sombre des coulures.

Puis, quand j’ai ravalé mes rêves avec soin,
Je me détourne, ayant bu trente ou quarante chopes,
Et me recueille pour lâcher l’âcre besoin :

Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes,
Je pisse vers les cieux bruns très haut et très loin,
Avec l’assentiment des grands héliotropes.

§

Vivo seduto, come un angelo nelle mani di un barbiere,
impugnando un bicchiere dalle profonde scanalature,
l’ipogastro e il collo arcuati, una «gambier»
fra i denti, sotto l’aria gonfia di impalpabili velami.

Come caldi escrementi di un vecchio colombaio,
Mille Sogni procurano dolci bruciature:
poi, d’improvviso, il mio cuore triste è come un alburno
che insanguina l’oro giovane e scuro delle linfe.

Poi, quando ho ingoiato con cura i miei sogni,
mi volto, bevuti più di trenta o quaranta bicchieri,
e mi concentro per mollare l’acre bisogno:

mite come il Signore del cedro e degli issopi,
io piscio verso i cieli bruni, molto in alto e lontano,
approvato dai grandi eliotropi.

ARTHUR RIMBAUD

L’eternità

L’ETERNITE’

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Ame sentinelle,
Murmurons l’aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s’exhale
Sans qu’on dise : enfin.

Là pas d’espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

§

È ritrovata.
Che cosa? L’Eternità.
È il mare andato
col sole.

Anima sentinella,
mormoriamo la confessione
della notte così nulla
e del giorno infuocato.

Dagli umani suffragi,
dagli slanci comuni
là ti liberi
e voli a seconda…

Poiché soltanto da voi,
o braci di raso,
il dovere si esala
senza che si dica: finalmente.

Là, nessuna speranza,
nessun orietur.
Scienza con pazienza,
il supplizio è sicuro.

È ritrovata.
Che cosa? L’Eternità.
È il mare andato
col sole.

ARTHUR RIMBAUD

Published in: on gennaio 2, 2010 at 07:09  Commenti (4)  
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