Hélène

Azur! C’est moi… Je viens des grottes de la mort

Entendre l’onde se rompre aux degrés sonores,

Et je revois les galères dans les aurores

Ressusciter de l’ombre au fil des rames d’or.

Mes solitaires mains appellent les monarques

Dont la barbe de sel amusait mes doigts purs;

Je pleurais. Ils chantaient leurs triomphes obscurs

Et les golfes enfuis aux poupes de leurs barques.

J’entends les conques profondes et les clairons

Militaires rythmer le vol des avirons;

Le chant clair des rameurs enchaîne le tumulte,

Et les Dieux, à la proue héroïque exaltés

Dans leur sourire antique et que l’écume insulte,

Tendent vers moi leurs bras indulgents et sculptés.

§

Cieli son io: ritorno dagli spechi
della morte. Qui ascolto l’onda rompersi
ai gradini sonori, qui rivedo
le galee nell’aurora, che resuscitano
ombra sul filo dei dorati remi.

Con le mani solinghe chiamo i re
la cui barba di sale  m ‘allietava
le pure dita. E io piangevo e quelli
cantavano i trionfi oscuri e i golfi
perduti a poppa delle loro barche.

Ascolto le profonde conche e i litui
militari che il volo ai remi scandono;
il chiaro canto della ciurma scioglie
il tumulto e gli dei sopra l’eroica
prora esaltati, con i sorrisi antichi
cui insulta la schiuma, verso me
tendono abbracci indulgenti e scolpiti

PAUL VALÉRY

L’ape

L’ABEILLE

Quelle, et si fine, et si mortelle,
Que soit ta pointe, blonde abeille,
Je n’ai, sur ma tendre corbeille,
Jeté qu’un songe de dentelle.

Pique du sein la gourde belle,
Sur qui l’Amour meurt ou sommeille,
Qu’un peu de moi-même vermeille,
Vienne à la chair ronde et rebelle !

J’ai grand besoin d’un prompt tourment :
Un mal vif et bien terminé
Vaut mieux qu’un supplice dormant !

Soit donc mon sens illuminé
Par cette infime alerte d’or
Sans qui l’Amour meurt ou s’endort !

§

Quale che sia, e mortale,
e fina la tua punta,
il mio cestello tenero
non ti velo, ape bionda,
che d’un sogno di trina.

Pungi al seno la bella
mela, cui posa Amore
e vi langue o vi muore;
alla mia carne tonda
e ribelle che affiori
di me vermiglia un poco.

D’un alacre tormento
bramo l’offesa; meglio,
cresciuto e vivo, un male
che una sopita pena.

Illumini il mio senso
l’infima sveglia d’oro,
di cui se privo, Amore
perisce o s’addormenta.

PAUL VALÉRY

Published in: on dicembre 5, 2009 at 07:10  Commenti (3)  
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