Versi aurei

VERS DORÉS

L’art ne veut point de pleurs et ne transige pas,
Voilà ma poétique en deux mots : elle est faite
De beaucoup de mépris pour l’homme et de combats
Contre l’amour criard et contre l’ennui bête.

Je sais qu’il faut souffrir pour monter à ce faîte
Et que la côte est rude à regarder d’en bas.
Je le sais, et je sais aussi que maint poète
A trop étroits les reins ou les poumons trop gras.

Aussi ceux-là sont grands, en dépit de l’envie,
Qui, dans l’âpre bataille ayant vaincu la vie
Et s’étant affranchis du joug des passions,

Tandis que le rêveur végète comme un arbre
Et que s’agitent, – tas plaintif, – les nations,
Se recueillent dans un égoïsme de marbre.

§

L’arte non vuole lacrime e non transige,
ecco in due parole la mia poetica: è fatta
di grande disprezzo per l’uomo e di lotte
contro l’amore stridulo e la stupida noia.

So che bisogna penare per ascender la vetta
e la salita è ripida a guardarla dal basso.
Lo so, e so anche che molti poeti
hanno spalle troppo strette o polmoni fiacchi.

Così sono grandi coloro che, a dispetto dell’invidia,
avendo vinto la vita nell’aspra battaglia
ed ormai liberi dal giogo delle passioni,

mentre come un albero vegeta il sognatore
e si agitano – lamentoso ammasso – le nazioni,
si raccolgono in un egoismo di marmo.

PAUL VERLAINE

Piange nel mio cuore

IL PLEURE DANS MON COEUR

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville;

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon cœur?

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits!

Pour un cœur qui s’ennuie

Ô le chant de la pluie!

Il pleure sans raison

Dans ce cœur qui s’éccœure.

Quoi! nulle trahison?…

Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon cœur a tant de peine!

 §

Piange nel mio cuore
Come piove sulla città;
Cos’è questo languore

Che mi penetra il cuore?

O dolce brusìo della pioggia
Per terra e sopra i tetti!
Per un cuor che si annoia,
Oh il canto della pioggia!

Piange senza ragione
Nel cuore che si accora.
Come! Nessun tradimento!…
Dolore senza ragione.

È la pena maggiore
Il non saper perché
Senz’odio e senza amore
Ha tanta pena il cuore!

PAUL VERLAINE

Published in: on dicembre 27, 2011 at 07:33  Commenti (3)  
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Circospezione

CIRCONSPECTION

Donne ta main, retiens ton souffle, asseyons-nous
Sous cet arbre géant où vient mourir la brise
En soupirs inégaux sous la ramure grise
Que caresse le clair de lune blême et doux.

Immobiles, baissons nos yeux vers nos genoux.
Ne pensons pas, rêvons. Laissons faire à leur guise
Le bonheur qui s’enfuit et l’amour qui s’épuise,
Et nos cheveux frôlés par l’aile des hiboux.

Oublions d’espérer. Discrète et contenue,
Que l’âme de chacun de nous deux continue
Ce calme et cette mort sereine du soleil.

Restons silencieux parmi la paix nocturne:
Il n’est pas bon d’aller troubler dans son sommeil
La nature, ce dieu féroce et taciturne.

§

Dammi la mano, trattieni il respiro, sediamoci
sotto quest’albero gigante dove la brezza muore
in sospiri ineguali sotto le grigie fronde
che il pallido e dolce chiaro di luna carezza.

Immobili, chiniamo lo sguardo sulle ginocchia.
Più non pensiamo, sogniamo. Lasciamoli perdere,
la felicità in fuga e l’amore che si consuma,
e i nostri capelli sfiorati dall’ala dei gufi.

Dimentichiamo di sperare. Discreta e contenuta,
l’anima d’ognuno di noi due prolunghi
questa calma e questa morte serena del sole.

Restiamo silenziosi nella pace notturna:
non è bene disturbare nel suo sonno
la natura, questo dio feroce e taciturno.

PAUL VERLAINE

Inezie

FADAISES

Daignez souffrir qu’à vos genoux, Madame,
Mon pauvre cour vous explique sa flamme.

Je vous adore autant et plus que Dieu,
Et rien jamais n’éteindra ce beau feu.

Votre regard, profond et rempli d’ombre,
Me fait joyeux, s’il brille, et sinon, sombre.

qu’un écho lointain de leurs durs olifants.
Et vous tenez mon coeur dans votre main.

Seule, en son nid, pleure la tourterelle.
Las, je suis seul et je pleure comme elle.

L’aube, au matin ressuscite les fleurs,
Et votre vue apaise les douleurs.

Disparaissez, toute floraison cesse,
Et, loin de vous, s’établit la trisctesse.

Apparaissez, la verdure et les fleurs
Aux prés, aux bois, diaprent leurs couleurs.

Si vous voulez, Madame et bien-aimée,
Si tu voulais, sous la verte ramée,

Nous en aller, bras dessus, bras dessous,
Dieu ! Quels baisers ! Et quels propos de fous !

Mais non ! Toujours vous vous montrez revêche,
Et cependant je brûle et me dessèche,

Et le désir me talonne et me mord,
Car je vous aime, ô Madame la Mort !

§

Degnate sopportare che alle vostre ginocchia, Signora,
il mio povero cuore dichiari la sua fiamma.

Vi adoro quanto Dio, anzi di più,
e niente mai spegnerà questo bel fuoco.

Il vostro sguardo, profondo e pieno d’ombra,
mi fa felice se splende, e se no, triste.

Quando passate, bacio la terra,
e voi tenete il mio cuore nella vostra mano.

Sola, nel suo nido, piange la tortorella.
Stanco, io sono solo e come lei piango.

L’alba al mattino resuscita i fiori,
e vedervi placa ogni dolore.

Se scomparite, più non crescono i fiori
e, voi lontana, domina la tristezza.

Se apparite, la verzura e i fiori
nei prati, nei boschi, dispiegano i loro colori.

Se voi voleste, Signora e mia diletta,
se tu volessi, sotto le verdi fronde,

andarcene a braccetto,
Dio! che baci! e che discorsi folli!
E invece no! Sempre fate l’arcigna,
e intanto io brucio e m’inaridisco,

e il desiderio m’incalza e mi morde,
perché io vi amo, Signora Morte!

PAUL VERLAINE

Gli Dei

LES DIEUX

Vaincus, mais non domptés, exilés, mais vivants,
Et malgré les édits de l’Homme et ses menaces,
Ils n’ont point abdiqué, crispant leurs mains tenaces
Sur des tronçons de sceptre, et rôdent dans les vents.

Les nuages coureurs aux caprices mouvants
Sont la poudre des pieds de ces spectres rapaces
Et la foudre hurlant à travers les espaces
N’est qu’un écho lointain de leurs durs olifants.

Ils sonnent la révolte à leur tour contre l’Homme,
Leur vainqueur stupéfait encore et mal remis
D’un tel combat avec de pareils ennemis.

Du Coran, des Védas et du Deutéronome,
De tous les dogmes, pleins de rage, tous les dieux
Sont sortis en campagne : Alerte ! et veillons mieux.

§

Vinti ma non domati, esiliati ma vivi,
e malgrado gli editti dell’Uomo e le sue minacce,
non hanno certo abdicato, serrate le mani tenaci
su tronconi di scettro, e corrono nei venti.

Le nuvole veloci dai mobili capricci
sono la polvere ai piedi di questi spettri rapaci
e la folgore urlante attraverso gli spazi
è solo un’eco lontana dei loro duri olifanti.

A loro volta suonano la rivolta contro l’Uomo,
il loro vincitore stupefatto e malridotto
dopo una tale lotta con simili nemici.

Dal Corano, dai Veda e dal Deuteronomio,
da ogni dogma, pieni di rabbia, tutti gli dèi
sono usciti in guerra: All’erta! e occhi aperti.

PAUL VERLAINE

Va’, canzone rapida

Va, chanson, à titre-d’aile
Au-devant d’elle, et dis-lui
Bien que dans mon coeur fidèle
Un rayon joyeux a lui,

Dissipant, lumière sainte,
Ces ténèbres de l’amour :
Méfiance, doute, crainte,
Et que voici le grand jour !

Longtemps craintive et muette,
Entendez-vous?
La gaîté,
Comme une vive alouette,
Dans le ciel clair a chanté.

Va donc, chanson ingénue,
Et que, sans nul regret vain,
Elle soit la bienvenue
Celle qui revient enfin.

§

Va’, canzone, rapida
davanti a Lei e dille
che, nel mio cuor fedele,
gioioso ha fatto luce
un raggio, dissipando,
santo lume, le tenebre
dell’amore: paura,
diffidenza e incertezza.
Ed ecco il grande giorno!
Rimasta a lungo muta
e pavida – la senti? -
l’allegria ha cantato
come una viva allodola
nel cielo rischiarato.
Vola, canzone ingenua,
e sia la benvenuta
senza rimpianti vani
colei che infine torna.

PAUL VERLAINE

In sordina

Calmes dans le demi-jour
Que les branches hautes font,
Pénétrons bien notre amour
De ce silence profond.

Fondons nos âmes, nos cœurs
Et nos sens extasiés,
Parmi les vagues langueurs
Des pins et des arbousiers.

Ferme tes yeux à demi,
Croise tes bras sur ton sein,
Et de ton cœur endormi
Chasse à jamais tout dessein.

Laissons-nous persuader
Au souffle berceur et doux,
Qui vient à tes pieds rider
Les ondes de gazon roux.

Et quand, solennel, le soir
Des chênes noirs tombera,
Voix de notre désespoir,
Le rossignol chantera.

§

Calmi nella penombra
che gli alti rami spargono
penetriamo il nostro amore
di questo silenzio profondo.
Uniamo le nostre anime, i cuori
ed i sensi in estasi,
in mezzo ai vaghi languori
dei pini e dei corbezzoli.
Socchiudi gli occhi,
incrocia le braccia sul seno,
e dal tuo cuore assopito
scaccia per sempre ogni progetto.
Lasciamoci persuadere
al dolce soffio che culla
e che ai tuoi piedi viene ad increspare
le onde di erba rossa.
E quando, solenne, la sera
cadrà dalle nere querce,
voce della nostra disperazione
l’usignolo canterà.

PAUL VERLAINE

Published in: on dicembre 16, 2009 at 07:00  Commenti (1)  
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