Il veleno

LE POISON

Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
D’un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d’un portique fabuleux
Dans l’or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.

L’opium agrandit ce qui n’a pas de bornes,
Allonge l’illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l’âme au-delà de sa capacité.

Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l’envers…
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.

Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l’oubli mon âme sans remords,
Et, charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort!

§

La bettola piú cupa sa rivestire il vino
d’un lusso da miracolo, e nell’oro
del suo rosso vapore
fa sorgere una fiaba di colonne,
come un tramonto acceso nella bruma.

L’oppio ingrandisce ciò che non ha fine,
l’illimitato estende,
il tempo fa piú cavo, piú profondo il piacere,
e di nere, di cupe voluttà
l’anima sa colmare a dismisura.

Ma piú veleno stillano i tuoi occhi,
i tuoi verdi occhi,
laghi dove si specchia e capovolto
trema il mio cuore, abissi dove
a frotte si dissetano i miei sogni.

Piú tremendo prodigio è la saliva
con cui m’intacchi l’anima e l’affondi
senza rimorsi nell’oblio, e languente
a filo di vertigine la spingi
alle rive dei morti!

CHARLES BAUDELAIRE

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Published in: on novembre 11, 2017 at 07:23  Comments (1)  

Cielo inquieto

CIEL BROUILLÉ

On dirait ton regard d’une vapeur couvert;
Ton oeil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert?)
Alternativement tendre, rêveur, cruel,
Réfléchit l’indolence et la pâleur du ciel.

Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés,
Qui font se fondre en pleurs les coeurs ensorcelés,
Quand, agités d’un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l’esprit qui dort.

Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu’allument les soleils des brumeuses saisons…
Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu’enflamment les rayons tombant d’un ciel brouillé!

O femme dangereuse, ô séduisants climats!
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l’implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer?

§

Si direbbe velato il tuo sguardo
da un vapore; il tuo occhio misterioso
(è azzurro, grigio o verde?), a volte tenero
o pensoso o crudele, in sè riflette
l’indolenza del cielo ed il pallore.
Tu ricordi quei giorni bianchi, tiepidi
e velati che sciolgono nel pianto
i cuori ammaliati, quando, scossi
da sconosciuto male che li torce
i nervi troppo svegli si fan scherno
dell’assopito spirito. Talvolta
tu rassomigli a splendidi orizzonti
che un sole accende di stagioni fosche.
Come risplendi, umido paesaggio
infiammato di raggi declinanti
da un cielo inquieto! O donna tentatrice,
o seducenti climi! Amerò pure
la tua neve, le vostre brine, e trarre
godimenti saprò dallo spietato
inverno, acuti più che ghiaccio e ferro?

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on luglio 1, 2017 at 06:54  Comments (2)  

Ben lungi di qui

BIEN LOIN D’ICI

C’est ici la case sacrée
Où cette fille très-parée,
Tranquille et toujours préparée,

D’une main éventant ses seins,
Et son coude dans les coussins,
Écoute pleurer les bassins:

C’est la chambre de Dorothée.
— La brise et l’eau chantent au loin
Leur chanson de sanglots heurtée
Pour bercer cette enfant gâtée.

Du haut en bas, avec grand soin.
Sa peau délicate est frottée
D’huile odorante et de benjoin.
— Des fleurs se pâment dans un coin.

§

É la sacra capanna: qui la bella

fanciulla ricoperta d’ornamenti,
tranquilla, sempre pronta, con la mano
ventilandosi il seno, e sui cuscini,
il gomito posando, ascolta il pianto
delle fontane.
Di Dorotea è la camera: la brezza
e l’acqua le riportano da lungi
una canzone rotta da sighiozzi
che culla questa bimba viziata.
Dall’alto al basso, con estrema cura,
la delicata pelle è strofinata
con benzuino e olii profumati.
In un canto svaniscono dei fiori.
.
CHARLES BAUDELAIRE
Published in: on marzo 18, 2017 at 07:35  Comments (5)  

Il serpente che danza

LE SERPENT QUI DANSE

Que j’aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s’éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.

Tes yeux où rien ne se révèle
De doux ni d’amer,
Sont deux bijoux froids où se mêlent
L’or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
Belle d’abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d’un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d’enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s’allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l’eau.

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l’eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon cœur !

§

Quanto mi piace, adorata indolente,
del tuo corpo così bello
vedere come tessuto cangiante
luccicare la pelle!

Sulla tua capigliatura profonda
dagli acri profumi,
mare odorante e vagabondo,
dai flutti azzurri e bruni,

simile a un battello che si sveglia
al vento del mattino,
l’anima sognatrice alza le vele
verso un cielo lontano.
I tuoi occhi in cui nulla si rivela
di dolce né d’amaro,
sono gioielli freddi in cui si lega
il ferro all’oro.

Quando cammini con quella cadenza,
bella d’abbandono,
fai pensare a un serpente che danza
in cima ad un bastone.

Sotto il fardello della tua pigrizia
la tua testa d’infante
dondola mollemente con la grazia
d’un giovane elefante,

e il tuo corpo si inclina allungandosi
come un vascello sottile
che fila ripiegato spenzolando
i suoi alberi in mare.

Come rivo ingrossato dalla fonte
dei ghiacciai rombanti,
quando l’acqua della tua bocca rimonta
fino all’orlo dei denti,
mi par di bere un vino di Boemia
amaro e vincitore,
un firmamento liquido che semina
di stelle il mio cuore!

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on marzo 19, 2016 at 07:10  Lascia un commento  

La campana incrinata

LA CLOCHE FÊLÉE

Il est amer et doux, pendant les nuits d’hiver,
D’écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s’élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume..

Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu’un vieux soldat qui veille sous la tente!
.
Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu’en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l’air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie
.
Semble le râle épais d’un blessé qu’on oublie
Au bord d’un lac de sang, sous un grand tas de morts
Et qui meurt, sans bouger, dans d’immenses efforts.
 .
§
.
E’ amaro e dolce, lungo le invernali
nottate, accanto al fuoco che irrequieto
arde e fuma, ascoltare lentamente
levarsi le memorie del passato,
mentre risuona nella nebbia il canto
delle campane. Fortunata e lieta
la campana dall’ugola possente
che a dispetto degli anni sana e vigile
lancia fedele il grido religioso
come un vecchio soldato che sta all’erta
sotto la tenda! Ma incrinata è questa
mia anima, e sovente accade, quando
nelle sue pene vuole popolare
dei suoi canti la fredda aria notturna,
che la sua voce affievolita sembri
il rantolo pesante d’un ferito
dimenticato ai margini di un lago
di sangue, sotto un cumulo di morti,
che, immobile, tra immensi sforzi muore.
 .
CHARLES BAUDELAIRE
Published in: on dicembre 26, 2015 at 00:31  Lascia un commento  

Il tramonto del sole romantico

LE COUCHER DU SOLEIL ROMANTIQUE

Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,
Comme une explosion nous lançant son bonjour !
– Bienheureux celui-là qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu’un rêve !

Je me souviens ! J’ai vu tout, fleur, source, sillon,
Se pâmer sous son oeil comme un coeur qui palpite…
– Courons vers l’horizon, il est tard, courons vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon !

Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;
L’irrésistible Nuit établit son empire,
Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;

Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,
Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
Des crapauds imprévus et de froids limaçons.

§

Oh, quanto è bello il sole che sorge allegro e forte
e il suo buondì ci lancia come uno scoppio rosso!
felice che ne può con animo commosso
salutare, gloriosa più d’un sogno, la morte!

Ricordo!… Ho visto tutto, la fonte, il solco, il fiore,
anelar come vivido cuore sotto i suoi sguardi.
– Corriamo all’orizzonte, presto, corriamo, è tardi,
che non ci sfugga almeno l’ultimo obliquo ardore!

Ma io rincorro invano il Dio che s’allontana;
stende l’ineluttabile Notte su noi, sovrana,
le abbrividenti ali, funeste, umide, opache.

Un lezzo di sepolcro nelle tenebre vagola,
e il mio timido piede ai margini del brago
schiaccia rospi imprevisti e lubriche lumache.

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on settembre 11, 2015 at 07:04  Comments (1)  

Epigrafe per un libro condannato

ÉPIGRAPHE POUR UN LIVRE CONDAMNÉ

Lecteur paisible et bucolique,
Sobre et naïf homme de bien,
Jette ce livre saturnien,
Orgiaque et mélancolique.

Si tu n’as fait ta rhétorique
Chez Satan, le rusé doyen,
Jette ! tu n’y comprendrais rien,
Ou tu me croirais hystérique.

Mais si, sans se laisser charmer,
Ton oeil sait plonger dans les gouffres,
Lis-moi, pour apprendre à m’aimer ;

Ame curieuse qui souffres
Et vas cherchant ton paradis,
Plains-moi !… sinon, je te maudis !

§

Non scrissi, o lettore innocente,
pacifico e buon cittadino,
per te questo mio saturnino
volume, carnale e dolente.

Se ancora non hai del sapiente
Don Satana appreso il latino,
non farti dal mio sibillino
delirio turbare la mente!

Ma leggimi e sappimi amare,
se osi nel gorgo profondo
discendere senza tremare.

O triste fratello errabondo
che cerchi il tuo cielo diletto,
compiangimi, o sii maledetto!

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on novembre 28, 2014 at 07:17  Comments (3)  

La fine del giorno

LA FIN DE LA JOURNÉE

Sous une lumière blafarde
Court, danse et se tord sans raison
La Vie, impudente et criarde.
Aussi, sitôt qu’à l’horizon

La nuit voluptueuse monte,
Apaisant tout, même la faim,
Effaçant tout, même la honte,
Le Poète se dit: «Enfin!

Mon esprit, comme mes vertèbres,
Invoque ardemment le repos;
Le coeur plein de songes funèbres,

Je vais me coucher sur le dos
Et me rouler dans vos rideaux,
Ô rafraîchissantes ténèbres!»

§

Sotto una luce bigia, senza posa,
senza ragione, si contorce e incalza
danzando, spudorata e rumorosa,
la Vita: così, poi, quando s’innalza

voluttuosa la notte all’orizzonte,
e tutto, anche le fami, in sé racqueta,
tutto annuvola e spegne, anche le onte,
“Eccoti, alfine!” mormora il poeta.

“Pace ti chiede il mio spirito ed ogni
mia fibra, pace, e null’altro elisire;
ricolmo il cuore di funebri sogni,

vo’ stendere le mie membra supine
nella frescura delle tue cortine
e quivi sempre, o tenebra, dormire!”

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on settembre 30, 2014 at 06:52  Comments (3)  

Il gatto

LE CHAT

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

§

Vieni, mio bel gatto, sul mio cuore innamorato; ritira
le unghie nelle zampe, lasciami sprofondare nei tuoi occhi
in cui l’agata si mescola al metallo.

Quando le mie dita carezzano a piacere la tua testa e il
tuo dorso elastico e la mia mano s’inebria del piacere di
palpare il tuo corpo elettrizzato,

vedo in spirito la mia donna. Il suo sguardo, profondo e
freddo come il tuo, amabile bestia, taglia e fende simile a
un dardo, e dai piedi alla testa

un’aria sottile, un temibile profumo ondeggiano intorno
al suo corpo bruno.

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on febbraio 15, 2014 at 07:21  Comments (1)  

I ciechi

LES AVEUGLES

Contemple-les, mon âme ; ils sont vraiment affreux !
Pareils aux mannequins, vaguement ridicules ;
Terribles, singuliers comme les somnambules,
Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux.

Leurs yeux, d’où la divine étincelle est partie,
Comme s’ils regardaient au loin, restent levés
Au ciel ; on ne les voit jamais vers les pavés
Pencher rêveusement leur tête appesantie.

Ils traversent ainsi le noir illimité,
Ce frère du silence éternel. Ô cité !
Pendant qu’autour de nous tu chantes, ris et beugles,

Eprise du plaisir jusqu’à l’atrocité,
Vois, je me traîne aussi ! mais, plus qu’eux hébété,
Je dis : Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?

§

Contemplali, anima mia; essi sono davvero  orribili!
Simili ai manichini;  vagamente ridicoli;
Terribili,  singolari come i sonnambuli;
Mentre  dardeggiano non si sa dove i loro globi tenebrosi.

I  loro occhi, in cui s’è spenta la scintilla divina
Come  se guardassero lontano, restano levati
Al cielo; non li si vede mai verso i  selciati,
Chinare, pensosamente, la  loro testa appesantita.

Essi  attraversano così il nero sonfinato,
Questo fratello del silenzio eterno. O  città!
Mentre che attorno a noi tu  canti, ridi e sbraiti,

Innamorata  del piacere fino all’atrocità,
Guarda!  anch’io mi trascino! ma, più inebetito d’essi,
Io  dico: Cosa chiedono al Cielo, tutti questi ciechi?

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on settembre 6, 2013 at 06:56  Comments (2)