La musica

La musique souvent me prend comme une mer!
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir!

§

Spesso la musica mi porta via come fa il mare.
Sotto una volta di bruma o in un vasto etere
metto vela
verso la mia pallida stella.

Petto in avanti e polmoni gonfi
come vela
scalo la cresta dei flutti accavallati
che la notte mi nasconde;

sento vibrare in me tutte le passioni
d’un vascello che dolora,
il vento gagliardo, la tempesta e i suoi moti convulsi

sull’immenso abisso
mi cullano. Altre volte, piatta bonaccia, grande specchio
della mia disperazione!

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on settembre 25, 2019 at 07:29  Comments (1)  

L’uomo e il mare

L’HOMME ET LA MER

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels, ô frères implacables !

§

Uomo libero, sempre amerai il mare!
È il tuo specchio il mare: ti contempli l’anima
nell’ infinito muoversi della sua lama.
E il tuo spirito non è abisso meno amaro.

Divertito ti tuffi in seno alla tua immagine,
l’abbracci con lo sguardo, con le braccia e il cuore
a volte si distrae dal proprio palpitare
al bombo di quel pianto indomabile e selvaggio.

Siete discreti entrambi, entrambi tenebrosi:
inesplorato, uomo, il fondo dei tuoi abissi,
sconosciute, mare, le tue ricchezze intime,
tanto gelosamente custodite i segreti!

Eppure ecco che vi combattete
da infiniti secoli senza pietà né rimorso,
a tal punto amate le stragi e la morte,
o lottatori eterni, o fratelli implacabili!

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on giugno 24, 2019 at 07:28  Lascia un commento  

Il rinnegamento di San Pietro

LE RENIEMENT DE SAINT PIERRE

Qu’est-ce que Dieu fait donc de ce flot d’anathèmes
Qui monte tous les jours vers ses chers Séraphins ?
Comme un tyran gorgé de viande et de vins,
Il s’endort au doux bruit de nos affreux blasphèmes.

Les sanglots des martyrs et des suppliciés
Sont une symphonie enivrante sans doute,
Puisque, malgré le sang que leur volupté coûte,
Les cieux ne s’en sont point encore rassasiés !

– Ah ! Jésus, souviens-toi du Jardin des Olives !
Dans ta simplicité tu priais à genoux
Celui qui dans son ciel riait au bruit des clous
Que d’ignobles bourreaux plantaient dans tes chairs vives,

Lorsque tu vis cracher sur ta divinité
La crapule du corps de garde et des cuisines,
Et lorsque tu sentis s’enfoncer les épines
Dans ton crâne où vivait l’immense Humanité ;

Quand de ton corps brisé la pesanteur horrible
Allongeait tes deux bras distendus, que ton sang
Et ta sueur coulaient de ton front pâlissant,
Quand tu fus devant tous posé comme une cible,

Rêvais-tu de ces jours si brillants et si beaux
Où tu vins pour remplir l’éternelle promesse,
Où tu foulais, monté sur une douce ânesse,
Des chemins tout jonchés de fleurs et de rameaux,

Où, le cœur tout gonflé d’espoir et de vaillance,
Tu fouettais tous ces vils marchands à tour de bras,
Où tu fus maître enfin ? Le remords n’a-t-il pas
Pénétré dans ton flanc plus avant que la lance ?

– Certes, je sortirai, quant à moi, satisfait
D’un monde où l’action n’est pas la sœur du rêve ;
Puissé-je user du glaive et périr par le glaive !
Saint Pierre a renié Jésus… Il a bien fait

§

Che cosa Iddio fa dunque di quel flusso
d’anatemi che tutti i giorni sale
verso i suoi cari Serafini? Come
un tiranno impinzatosi di vini
e di carne, egli piglia sonno al dolce
suon delle nostre orribili bestemmie.
L’urlo che danno suppliziati e martiri
è, certo, un’inebriante sinfonia,
se i Cieli ancora non ne sono sazi,
e ciò malgrado tutto il sangue sparso
per acquistare tale voluttà!
– Gesù, ricorda l’Orto degli Ulivi!
Tu pregavi in ginocchio, nella tua
semplicità, colui che nel suo cielo
rideva al suon dei chiodi che i carnefici
ti conficcavan nelle carni vive.
E quando sulla tua divinità
sputar vedesti l’ebbra soldataglia
e schiumatura di cucine, e quando
nel cranio, ove l’immensa Umanità
viveva, ti sentisti penetrare
la corona di spine; quando atroce
il peso del tuo corpo rotto dava
strazio alle tue distese e tese braccia,
e ti grondavan dall’impallidita
fronte sudore e sangue,
e quando fosti
davanti a tutti posto a far bersaglio,
ritornavi con l’anima a quei giorni
sì belli e luminosi in cui venisti
per mantenere la promessa eterna,
e quando, in groppa ad un’asina mite,
tu calpestavi lungo il tuo cammino
ramoscelli d’olivo e fiori sparsi,
quando, gonfio d’ardore e di speranza,
a tutta forza fustigavi il branco
di quei vili mercanti, e quando, infine,
fosti re? Più profondo della lancia
non ti è entrato il rimorso nel costato?
– Quanto a me, me ne andrò, certo, contento,
da un mondo ove non è sorella al sogno
l’azione; possa adoperar la spada
e perire di spada! Ha rinnegato
il suo Gesù, San Pietro… Ha fatto bene

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on novembre 1, 2018 at 07:40  Comments (2)  

Un fantasma

UN FANTÔME

I

Les Ténèbres

Dans les caveaux d’insondable tristesse
Où le Destin m’a déjà relégué;
Où jamais n’entre un rayon rose et gai;
Où, seul avec la Nuit, maussade hôtesse,

Je suis comme un peintre qu’un Dieu moqueur
Condamne à peindre, hélas! sur les ténèbres;
Où, cuisinier aux appétits funèbres,
Je fais bouillir et je mange mon cœur,

Par instants brille, et s’allonge, et s’étale
Un spectre fait de grâce et de splendeur.
À sa rêveuse allure orientale,

Quand il atteint sa totale grandeur,
Je reconnais ma belle visiteuse:
C’est Elle! noire et pourtant lumineuse.

II

Le Parfum

Lecteur, as-tu quelquefois respiré
Avec ivresse et lente gourmandise
Ce grain d’encens qui remplit une église,
Ou d’un sachet le musc invétéré?

Charme profond, magique, dont nous grise
Dans le présent le passé restauré!
Ainsi l’amant sur un corps adoré
Du souvenir cueille la fleur exquise.

De ses cheveux élastiques et lourds,
Vivant sachet, encensoir de l’alcôve,
Une senteur montait, sauvage et fauve,

Et des habits, mousseline ou velours,
Tout imprégnés de sa jeunesse pure,
Se dégageait un parfum de fourrure.

III

Le Cadre

Comme un beau cadre ajoute à la peinture,
Bien qu’elle soit d’un pinceau très-vanté,
Je ne sais quoi d’étrange et d’enchanté
En l’isolant de l’immense nature,

Ainsi bijoux, meubles, métaux, dorure,
S’adaptaient juste à sa rare beauté;
Rien n’offusquait sa parfaite clarté,
Et tout semblait lui servir de bordure.

Même on eût dit parfois qu’elle croyait
Que tout voulait l’aimer; elle noyait
Sa nudité voluptueusement

Dans les baisers du satin et du linge,
Et, lente ou brusque, à chaque mouvement
Montrait la grâce enfantine du singe.

IV

Le Portrait

La Maladie et la Mort font des cendres
De tout le feu qui pour nous flamboya.
De ces grands yeux si fervents et si tendres,
De cette bouche où mon coeur se noya,

De ces baisers puissants comme un dictame,
De ces transports plus vifs que des rayons,
Que reste-t-il? C’est affreux, ô mon âme!
Rien qu’un dessin fort pâle, aux trois crayons,

Qui, comme moi, meurt dans la solitude,
Et que le Temps, injurieux vieillard,
Chaque jour frotte avec son aile rude…

Noir assassin de la Vie et de l’Art,
Tu ne tueras jamais dans ma mémoire
Celle qui fut mon plaisir et ma gloire!

§

I

Le Tenebre

Nella tomba di tristezza infinita
dove il Destino mi ha già relegato,
dove mai entra un raggio rosa e gaio,
dove, solo con la Notte, ospite incupita,

sono come un pittore da un ironico Dio
condannato a dipingere, ahimè, sulle tenebre,
dove, cuoco dai gusti funerei,
faccio cuocere e mangio il mio cuore,

a tratti brilla si allunga e si rivela
uno spettro fatto di grazia e di splendore.
Dalla sognante andatura orientale,

quando si mostra in tutta la sua grandezza,
la mia bella visitatrice riconosco:
è Lei, nera eppure luminosa.

II

Il Profumo

Lettore, qualche volta hai respirato
con ebbrezza e lenta golosità
quel grano d’incenso che riempie una chiesa
o un sacchetto di muschio invecchiato?

Fascino profondo, magico, che ci incanta
ricostruendo il passato nel presente!
Così l’amante su un corpo adorato
coglie il fiore squisito del ricordo.

Dai suoi capelli flessuosi e pesanti
vivente sacchetto, incensiere d’alcova,
un sentore saliva, aspro e selvaggio,

e dagli abiti, di mussola o velluto
tutti impregnati della sua pura giovinezza
si sprigionava un profumo di pelliccia.

III

La Cornice

Come una bella cornice aggiunge a un quadro,
quand’anche sia di un pittore famoso,
non so cosa di strano e d’incantevole,
isolandolo dall’immensa natura,

così gioielli, mobili, metalli, dorature
s’adattavano giusto alla sua rara bellezza.
Nulla offuscava il suo splendore perfetto
e tutto sembrava servirle da cornice.

Avrei detto persino che talvolta credeva
che tutto la volesse amare ed annegava
con immenso piacere la sua nudità

nei baci voluttuosi della seta e del raso,
e lentamente o brusca ad ogni movimento
mostrava della scimmia le infantili grazie.

IV

Il Ritratto

La Malattia e la Morte riducono in cenere
interamente il fuoco che per noi ardeva.
Di questi grandi occhi così teneri e accesi,
della sua bocca dove il mio cuore annegava,

di questi baci possenti come il dittamo
degli entusiasmi accesi come raggi
che resta? Orribile, mia anima!
Tre colori pallidi di uno schizzo

che muore come me di solitudine,
e che il Tempo, irriguardoso vecchio,
ogni giorno stropiccia con le ali rudi …

Nudo assassino della Vita e dell’Arte
non ucciderai mai nella mia memoria
colei che fu il solo mio piacere e la mia gloria!

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on aprile 4, 2018 at 07:48  Comments (2)  

Nebbie e piogge

BRUMES ET PLUIES

Ô fins d’automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons! je vous aime et vous loue
D’envelopper ainsi mon coeur et mon cerveau
D’un linceul vaporeux et d’un vague tombeau.

Dans cette grande plaine où l’autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s’enroue,
Mon âme mieux qu’au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

Rien n’est plus doux au cœur plein de choses funèbres,
Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
Ô blafardes saisons, reines de nos climats,

Que l’aspect permanent de vos pâles ténèbres,
— Si ce n’est, par un soir sans lune, deux à deux,
D’endormir la douleur sur un lit hasardeux.

§

Fini d’autunno, inverni, primavere
inzuppate di fango, voi stagioni
accidiose ! Io vi amo e vi son grato,
chè in un sudario vaporoso il cuore
involgete e il cervello in vaga tomba.
In questa larga piana dove scherza
il freddo vento e dove roca stride
la banderuola nelle notti lunghe,
la mia anima più che al tempo della
tiepida primavera aprirà larghe
l’ali di corvo. Nulla ora è più dolce
al cuore colmo di presenze funebri,
su cui da tempo scendono le brine,
quanto il perenne aspetto delle pallide
vostre tenebre, voi stagioni scialbe
dei nostri climi regine; ma dolce
più ancora, in una sera senza luna,
sopra un giaciglio offertoci dal caso,
questo dolore, uniti, addormentare.

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on febbraio 17, 2018 at 06:57  Comments (3)  

Il veleno

LE POISON

Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
D’un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d’un portique fabuleux
Dans l’or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.

L’opium agrandit ce qui n’a pas de bornes,
Allonge l’illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l’âme au-delà de sa capacité.

Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l’envers…
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.

Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l’oubli mon âme sans remords,
Et, charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort!

§

La bettola piú cupa sa rivestire il vino
d’un lusso da miracolo, e nell’oro
del suo rosso vapore
fa sorgere una fiaba di colonne,
come un tramonto acceso nella bruma.

L’oppio ingrandisce ciò che non ha fine,
l’illimitato estende,
il tempo fa piú cavo, piú profondo il piacere,
e di nere, di cupe voluttà
l’anima sa colmare a dismisura.

Ma piú veleno stillano i tuoi occhi,
i tuoi verdi occhi,
laghi dove si specchia e capovolto
trema il mio cuore, abissi dove
a frotte si dissetano i miei sogni.

Piú tremendo prodigio è la saliva
con cui m’intacchi l’anima e l’affondi
senza rimorsi nell’oblio, e languente
a filo di vertigine la spingi
alle rive dei morti!

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on novembre 11, 2017 at 07:23  Comments (1)  

Cielo inquieto

CIEL BROUILLÉ

On dirait ton regard d’une vapeur couvert;
Ton oeil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert?)
Alternativement tendre, rêveur, cruel,
Réfléchit l’indolence et la pâleur du ciel.

Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés,
Qui font se fondre en pleurs les coeurs ensorcelés,
Quand, agités d’un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l’esprit qui dort.

Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu’allument les soleils des brumeuses saisons…
Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu’enflamment les rayons tombant d’un ciel brouillé!

O femme dangereuse, ô séduisants climats!
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l’implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer?

§

Si direbbe velato il tuo sguardo
da un vapore; il tuo occhio misterioso
(è azzurro, grigio o verde?), a volte tenero
o pensoso o crudele, in sè riflette
l’indolenza del cielo ed il pallore.
Tu ricordi quei giorni bianchi, tiepidi
e velati che sciolgono nel pianto
i cuori ammaliati, quando, scossi
da sconosciuto male che li torce
i nervi troppo svegli si fan scherno
dell’assopito spirito. Talvolta
tu rassomigli a splendidi orizzonti
che un sole accende di stagioni fosche.
Come risplendi, umido paesaggio
infiammato di raggi declinanti
da un cielo inquieto! O donna tentatrice,
o seducenti climi! Amerò pure
la tua neve, le vostre brine, e trarre
godimenti saprò dallo spietato
inverno, acuti più che ghiaccio e ferro?

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on luglio 1, 2017 at 06:54  Comments (2)  

Ben lungi di qui

BIEN LOIN D’ICI

C’est ici la case sacrée
Où cette fille très-parée,
Tranquille et toujours préparée,

D’une main éventant ses seins,
Et son coude dans les coussins,
Écoute pleurer les bassins:

C’est la chambre de Dorothée.
— La brise et l’eau chantent au loin
Leur chanson de sanglots heurtée
Pour bercer cette enfant gâtée.

Du haut en bas, avec grand soin.
Sa peau délicate est frottée
D’huile odorante et de benjoin.
— Des fleurs se pâment dans un coin.

§

É la sacra capanna: qui la bella

fanciulla ricoperta d’ornamenti,
tranquilla, sempre pronta, con la mano
ventilandosi il seno, e sui cuscini,
il gomito posando, ascolta il pianto
delle fontane.
Di Dorotea è la camera: la brezza
e l’acqua le riportano da lungi
una canzone rotta da sighiozzi
che culla questa bimba viziata.
Dall’alto al basso, con estrema cura,
la delicata pelle è strofinata
con benzuino e olii profumati.
In un canto svaniscono dei fiori.
.
CHARLES BAUDELAIRE
Published in: on marzo 18, 2017 at 07:35  Comments (5)  

Il serpente che danza

LE SERPENT QUI DANSE

Que j’aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s’éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.

Tes yeux où rien ne se révèle
De doux ni d’amer,
Sont deux bijoux froids où se mêlent
L’or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
Belle d’abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d’un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d’enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s’allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l’eau.

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l’eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon cœur !

§

Quanto mi piace, adorata indolente,
del tuo corpo così bello
vedere come tessuto cangiante
luccicare la pelle!

Sulla tua capigliatura profonda
dagli acri profumi,
mare odorante e vagabondo,
dai flutti azzurri e bruni,

simile a un battello che si sveglia
al vento del mattino,
l’anima sognatrice alza le vele
verso un cielo lontano.
I tuoi occhi in cui nulla si rivela
di dolce né d’amaro,
sono gioielli freddi in cui si lega
il ferro all’oro.

Quando cammini con quella cadenza,
bella d’abbandono,
fai pensare a un serpente che danza
in cima ad un bastone.

Sotto il fardello della tua pigrizia
la tua testa d’infante
dondola mollemente con la grazia
d’un giovane elefante,

e il tuo corpo si inclina allungandosi
come un vascello sottile
che fila ripiegato spenzolando
i suoi alberi in mare.

Come rivo ingrossato dalla fonte
dei ghiacciai rombanti,
quando l’acqua della tua bocca rimonta
fino all’orlo dei denti,
mi par di bere un vino di Boemia
amaro e vincitore,
un firmamento liquido che semina
di stelle il mio cuore!

CHARLES BAUDELAIRE

Published in: on marzo 19, 2016 at 07:10  Lascia un commento  

La campana incrinata

LA CLOCHE FÊLÉE

Il est amer et doux, pendant les nuits d’hiver,
D’écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s’élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume..

Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu’un vieux soldat qui veille sous la tente!
.
Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu’en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l’air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie
.
Semble le râle épais d’un blessé qu’on oublie
Au bord d’un lac de sang, sous un grand tas de morts
Et qui meurt, sans bouger, dans d’immenses efforts.
 .
§
.
E’ amaro e dolce, lungo le invernali
nottate, accanto al fuoco che irrequieto
arde e fuma, ascoltare lentamente
levarsi le memorie del passato,
mentre risuona nella nebbia il canto
delle campane. Fortunata e lieta
la campana dall’ugola possente
che a dispetto degli anni sana e vigile
lancia fedele il grido religioso
come un vecchio soldato che sta all’erta
sotto la tenda! Ma incrinata è questa
mia anima, e sovente accade, quando
nelle sue pene vuole popolare
dei suoi canti la fredda aria notturna,
che la sua voce affievolita sembri
il rantolo pesante d’un ferito
dimenticato ai margini di un lago
di sangue, sotto un cumulo di morti,
che, immobile, tra immensi sforzi muore.
 .
CHARLES BAUDELAIRE
Published in: on dicembre 26, 2015 at 00:31  Lascia un commento