Perché tu mi hai parlato di vizio

PARCE QUE TU M’AS PARLÉ DE VICE

Tu m’as parlé de vice en ta lettre d’hier
Le vice n’entre pas dans les amours sublimes
Il n’est pas plus qu’un grain de sable dans la mer
Un seul grain descendant dans les glauques abîmes

Nous pouvons faire agir l’imagination
Faire danser nos sens sur les débris du monde
Nous énerver jusqu’à l’exaspération
Ou vautrer nos deux corps dans une fange immonde

Et liés l’un à l’autre en une étreinte unique
Nous pouvons défier la mort et son destin
Quand nos dents claqueront en claquement panique
Nous pouvons appeler soir ce qu’on dit matin

Tu peux déifier ma volonté sauvage
Je peux me prosterner comme vers un autel
Devant ta croupe qu’ensanglantera ma rage
Nos amours resteront pures comme un beau ciel

Qu’importe qu’essoufflés muets bouches ouvertes
Ainsi que deux canons tombés de leur affût
Brisés de trop s’aimer nos corps restent inertes
Notre amour restera bien toujours ce qu’il fut

Ennoblissons mon cœur l’imagination
La pauvre humanité bien souvent n’en a guères
Le vice en tout cela n’est qu’une illusion
Qui ne trompe jamais que les âmes vulgaires

§

Tu mi hai parlato di vizio nella tua lettera di ieri
Il vizio non c’entra nei sublimi amori
Non è che un granello di sabbia nel mare
Un solo granello che affonda nei glauchi abissi

Possiamo mettere in moto l’immaginazione
Far danzare i nostri sensi sulle macerie del mondo
Snervarci fino all’esasperazione
O sguazzare con i nostri corpi in un fango immondo

E stretti l’un l’altro in un unico amplesso
Possiamo sfidare la morte e il suo destino
Quando i nostri denti batteranno in un battere panico
Possiamo chiamar sera quel chesi dice mattino

Tu puoi deificare la mia selvaggia volontà
Io posso prosternarmi come verso un altare
Davanti al tuo gran culo che insanguinerà la mia passione
I nostri amori resteranno puri come un bel cielo

Che importa che senza fiato muti con le bocche aperte
Come due cannoni caduti dal loro affusto
Distrutti dal troppo amarsi i nostri corpi restino inerti
Il nostro amore resterà proprio per sempre quel che fu

Nobilitiamo mio cuore l’immaginazione
La povera umanità molto spesso non ne ha tanta
Il vizio in tutto ciò non è che un’illusione
Che inganna soltanto le anime volgari

GUILLAUME APOLLINAIRE

Published in: on giugno 12, 2020 at 07:28  Lascia un commento  

Autunno

AUTOMNE

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son boeuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux

Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un coeur que l’on brise

Oh! l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises

§

Passano nella nebbia un contadino storto
e il suo bue,
lentamente, nella nebbia d’autunno
che nasconde i tuguri poveri e vergognosi.
E, mentre s’allontana, il contadino canta
una canzone triste dell’amore infedele,
che parla di un anello e d’un cuore spezzato.
Oh, l’autunno,
l’autunno ha sepolto l’estate!
Passano nella nebbia due figurine grigie.

GUILLAUME APOLLINAIRE

Published in: on aprile 2, 2020 at 06:58  Lascia un commento  

Se morissi laggiù

SI JE MOURAIS LÀ-BAS

Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier

Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté

Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
— Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur —
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

Ô mon unique amour et ma grande folie

30 janvier 1915, Nîmes.

La nuit descend
O n y pressent
U n long destin de sang

Nîmes, le 30 janvier 1915

§

Se morissi laggiù sul fronte dell’armata,
Tu piangeresti un giorno o mia adorata Lou,
E dopo il mio ricordo cadrebbe come muore
Una granata esplosa sul fronte dell’armata,
Una granata che sembra una mimosa in fiore.
E poi questo ricordo scoppiato nello spazio
Con il mio sangue il mondo ricoprirebbe intero:
Mare, montagne, valli, e la stella che passa,
I soli che maturano stupendi nello spazio
come quei frutti d’oro attorno a Baratier.
Appassito ricordo, vivente in ogni cosa,
Arrosserei le punte del tuo bel seno rosa
Bacerei la tua bocca e; i capelli fiammanti.
E non invecchieresti, ogni tua bella cosa
Rifiorirebbe intatta negli incontri galanti.
Il fatale zampillo del mio sangue sul mondo
Farebbe dono al sole di più luce accecante
Di più colore aliiore, di più impeto all’onda,
Un amore incredibile scenderebbe sul mondo,
Nel tuo corpo dischiuso trionferà l’amante…
Lou, se muoio laggiù, ricordo che s’oblia,
Qualche volta ricordati gli istanti di follia,
Di giovinezza e amore e d’inesausto ardore,
Il mio sangue è la fonte ardente della gioia!
E sii la più felice perché sei la più bella,
O mio unico amore e mia grande follia!

30 gennaio 1915, Nîmes.

La luce langue
Ora presento
Un lungo, lungo destino di sangue.

Nîmes, 30 gennaio 1915

GUILLLAUME APOLLINAIRE

Published in: on febbraio 10, 2020 at 07:26  Lascia un commento  

Riconoscenza

RECONNAISSANCE

Un seul bouleau crépusculaire
Pâlit au seuil de l’horizon
Où fuir la mesure angulaire
Du cœur à l’âme et la raison

Le galop bleu des souvenances

Traverse les lilas des yeux

Et les canons des indolences

Tirent mes songes vers
Les
Cieux

§

Una sola betulla crepuscolare
Impallidisce sulla soglia dell’orizzonte
Dove fugge la misura angolare
Dal cuore all’anima e alla ragione

Il galoppo azzurro delle ricordanze

Attraversa i lillà degli occhi

E i cannoni delle indolenze

Sparano i miei sogni verso
i cieli

GUILLAUME APOLLINAIRE

Published in: on giugno 11, 2019 at 07:47  Comments (2)  

La bianca neve

LA BLANCHE NEIGE

Les anges les anges dans le ciel
L’un est vêtu en officier
L’un est vêtu en cuisinier
Et les autres chantent
Bel officier couleur du ciel
Le doux printemps longtemps après Noël
Te médaillera d’un beau soleil
D’un beau soleil
Le cuisinier plume les oies
Ah! tombe la neige
Tombe et que n’ai-je
Ma bien-aimée entre mes bras.

§

Gli angeli gli angeli nel ciel
Uno è vestito da ufficial
Uno è vestito da cucinier
E gli altri a cantar
Bell’ufficiale color del ciel
Dopo Natale maggio verrà
E d’un bel sole ti decorerà
Ti decorerà
Spenna le oche il cucinier
Le oche oh che
Oh che neve cade e perché
Fra le mie braccia la mia bella non c’è

GUILLAUME APOLLINAIRE

Published in: on febbraio 12, 2019 at 07:20  Comments (1)  

Il canto d’amore

LE CHANT D’AMOUR

Voici de quoi est fait le chant symphonique de l’amour
Il y a le chant de l’amour de jadis
Le bruit des baisers éperdus des amants illustres
Les cris d’amour des mortelles violées par les dieux
Les virilités des héros fabuleux érigées comme des pièces contre avions
Le hurlement précieux de Jason
Le chant mortel du cygne
Et l’hymne victorieux que les premiers rayons de soleil ont fait chanter à Memnon l’immobile
Il y a le cri des Sabines au moment de l’enlèvement
Il y a aussi les cris d’amour des félins dans les jongles
La rumeur sourde des sèves montant dans les plantes tropicales
Le tonnerre des artilleries qui accomplissent le terrible amour des peuples
Les vagues de la mer où naît la vie et la beauté

Il y a là le chant de tout l’amour du monde

§

Ecco di cos’è fatto il canto sinfonico dell’amore
C’è in esso il canto dell’amore di una volta
Il brusio dei baci storditi degli amanti illustri
Gli strilli d’amore delle mortali violate dagli dèi
Le virilità dei mitici eroi drizzate come pezzi antiaerei
L’urlo prezioso di Giasone
Il canto mortale del cigno
E l’inno vittorioso che i primi raggi del sole hanno fatto
cantare a Memnone l’immobile
C’è il grido delle Sabine al momento del ratto
E anche vi sono i gridi d’amore dei felini nella giungla
Il rumore sordo della linfa che sale nelle piante tropicali
Il tuono delle artiglierie che attuano il terribile amore
dei popoli
Le ondate del mare dove nasce la vita e la bellezza

C’è il canto di tutto l’amore del mondo

GUILLAUME APOLLINAIRE

Published in: on settembre 27, 2018 at 07:25  Lascia un commento  

1909

La dame avait une robe
En ottoman violine
Et sa tunique brodée d’or
Était composée de deux panneaux
S’attachant sur l’épaule

Les yeux dansants comme des anges
Elle riait elle riait
Elle avait un visage aux couleurs de France
Les yeux bleus les dents blanches et les lèvres très rouges
Elle avait un visage aux couleurs de France

Elle était décolletée en rond
Et coiffée à la Récamier
Avec de beaux bras nus

N’entendra-t-on jamais sonner minuit

La dame en robe d’ottoman violine
Et en tunique brodée d’or
Décolletée en rond
Promenait ses boucles
Son bandeau d’or
Et traînait ses petits souliers à boucles

Elle était si belle
Que tu n’aurais pas osé l’aimer

J’aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes
Où naissaient chaque jour quelques êtres nouveaux
Le fer était leur sang la flamme leur cerveau

J’aimais j’aimais le peuple habile des machines
Le luxe et la beauté ne sont que son écume
Cette femme était si belle
Qu’elle me faisait peur

§

La signora aveva un vestito
In ottomano viola scarlatto
E la sua tunica ricamata d’oro
Era composta di due pannelli
Che s’attaccavano sulle spalle
Gli occhi danzanti come angeli

Rideva rideva
Aveva un viso dai colori di Francia
Gli occhi blu i denti bianchi e le labbra molto rosse
Aveva un viso dai colori di Francia

Era scollata in rotondo
E pettinata alla Recamier
Con belle braccia nude

Non si sentirà mai suonare la mezzanotte
La signora nel vestito di ottomano viola scarlatto
E in tunica ricamata d’oro
Scollata in rotondo
Portava a passeggio i suoi riccioli

Era così bella
Che non avresti osato amarla
Amavo le donne atroci nei quartieri enormi
Dove nasceva ogni giorno qualche essere nuovo
Il ferro era il loro sangue la fiamma il cervello
Amavo amavo il popolo abile delle macchine
Il lusso e la bellezza sono solamente la sua schiuma
Quella donna era così bella
Che mi faceva paura.

GUILLAUME APOLLINAIRE

Published in: on giugno 2, 2018 at 06:51  Comments (1)  

Annie

Sur la côte du Texas
Entre Mobile et Galveston il y a
Un grand jardin tout plein de roses
Il contient aussi une villa
Qui est une grande rose

Une femme se promène souvent
Dans le jardin toute seule
Et quand je passe sur la route bordée de tilleuls
Nous nous regardons

Comme cette femme est mennonite
Ses rosiers et ses vêtements n’ont pas de boutons
Il en manque deux à mon veston
La dame et moi suivons presque le même rite

§

Sulla costa del Texas
Tra Mobile e Galveston c’è
Un grande giardino pieno zeppo di rose
Contiene anche una villa
Che è una grande rosa
Una donna passeggia spesso
Nel giardino sola sola
E quando io passo sulla strada fiancheggiata dai tigli
Ci guardiamo
Poiché quella donna è mennonita
I suoi roseti e i suoi vestiti non hanno bottoni
Due ne mancano alla mia giacca
La signora ed io seguiamo quasi lo stesso rito.

GUILLAUME APOLLINAIRE

Published in: on febbraio 1, 2018 at 07:02  Comments (2)  

Autunno malato

AUTOMNE MALADE

Automne malade et adoré
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n’ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule

§

Autunno infermo e adorato
tu morirai quando la bora
soffierà nei roseti
quando avrà nevicato sui frutteti
Povero autunno
muori in candore e in ricchezza
di neve e frutta mature.
All’orizzonte volteggiano gli sparvieri
sulle ondine sciocchine, verdi i capelli e nane,
che amato non hanno mai
Nelle radure lontane
i cervi bramire ascoltai
E come amo, o stagione, come amo i rumori tuoi
i frutti che cadono senza che alcuno li colga
il vento e la foresta che piangono
finché lacrime hanno, d’autunno, a foglia a foglia
Le foglie fragili al piede
un treno che corre
la vita scorre

GUILLAUME APOLLINAIRE

Published in: on dicembre 13, 2017 at 07:46  Comments (2)  

Ho avuto il coraggio di guardare indietro

J’ai eu le courage de regarder en arrière

Les cadavres de mes jours

Marquent ma route et je les pleure

Les uns pourrissent dans les églises italiennes

Ou bien dans de petits bois de citronniers

Qui fleurissent et fructifient

En même temps et en toute saison

D’autres jours ont pleuré avant de mourir dans des tavernes

Où d’ardents bouquets rouaient

Aux yeux d’une mulâtresse qui inventait la poésie

Et les roses de l’électricité s’ouvrent encore

Dans le jardin de ma mémoire

§

Ho avuto il coraggio di guardare indietro
I cadaveri dei miei giorni
Segnano la mia strada e li piango
Alcuni si putrefanno nelle chiese italiane
O in boschetti di limoni
Che fioriscono e insieme fruttificano
In ogni stagione
Altri giorni hanno pianto prima di morire in taverne
Dove fiori di fuoco rotavano
Negli occhi d’una mulatta inventrice della poesia
E le rose dell’elettricità s’aprono ancora
Nel giardino della mia memoria

GUILLAUME APOLLINAIRE

Published in: on giugno 3, 2017 at 07:14  Comments (4)