Il grillo

LE GRILLON

C’est l’heure où, las d’errer, l’insecte nègre revient de promenade et répare avec soin le désordre de son domaine.
D’abord il ratisse ses étroites allées de sable.
Il fait du bran de scie qu’il écarte au seuil de sa retraite.
Il lime la racine de cette grande herbe propre à le harceler.
Il se repose.
Puis il remonte sa minuscule montre.
A-t-il fini ? Est-elle cassée ? Il se repose encore un peu.
Il rentre chez lui et ferme sa porte.
Longtemps il tourne sa clé dans la serrure délicate.
Et il écoute :
Point d’alarme dehors.
Mais il ne se trouve pas en sûreté.
Et comme par une chaînette dont la poulie grince, il descend jusqu’au fond de la terre.
On n’entend plus rien.
Dans la campagne muette, les peupliers se dressent comme des doigts en l’air et désignent la lune.

§

È l’ora in cui l’insetto negro, stanco di girovagare, torna dalla passeggiata e ripara con cura il suo dominio.
Innanzi tutto rastrella gli stretti vialetti di sabbia.
Fa un po’ di segatura e la sparge sulla soglia del suo rifugio.
Lima la radice di questa grande erba ingombrante. E si riposa.
Poi, ricarica il suo minuscolo orologio.
Ha finito? O l’ha rotto? Si riposa ancora un pochino.
Rientra in casa e chiude la porta. A lungo, gira la chiave nella serratura delicata.
E ascolta. Nessuno.
Però non è tranquillo. E allora, come appeso a una catenina lungo una carrucola che strida, discende giù giù nel fondo della terra.
Non s’ode più nulla.
Nella campagna muta, i pioppi si protendono come dita nell’aria e accennano alla luna.

JULES RENARD

Published in: on febbraio 25, 2019 at 07:49  Comments (1)  

La capra

LA CHÈVRE

Personne ne lit la feuille du Journal officiel affichée au mur de la mairie.
Si, la chèvre.
Elle se dresse sur ses pattes de derrière, appuie celles de devant au bas de l’affiche, remue ses cornes et sa barbe, et agite la tête de droite et de gauche, comme une vieille dame qui lit.
Sa lecture finie, ce papier sentant bon la colle fraîche, la chèvre le mange.
Tout ne se perd pas dans la commune.

§

Nessuno che legga l’annunzio ufficiale affisso al muro del municipio.
Ma si, c’è la capra.
Si leva sulle zampe posteriori, appoggia le anteriori sotto l’affisso, agita corna e barbetta, e muove la testa da destra a sinistra, come una vecchia signora che legga. Finito di leggere, poiché quel foglio ha un buon odore di colla fresca,
la capra se lo mangia.
Nulla si perde nel Comune.

JULES RENARD

Published in: on dicembre 19, 2018 at 07:32  Lascia un commento