Fantasia

Luna cigni

FÉERIE 

La lune mince verse une lueur sacrée,
Toute une jupe d’un tissu d’argent léger,
Sur les bases de marbre où vient l’Ombre songer
Que suit d’un char de perle une gaze nacrée.

Pour les cygnes soyeux qui frôlent les roseaux
De carènes de plume à demi lumineuse,
Elle effeuille infinie une rose neigeuse
Dont les pétales font des cercles sur les eaux…

Est-ce vivre ?… O désert de volupté pâmée
Où meurt le battement faible de l’eau lamée,
Usant le seuil secret des échos de cristal…

La chair confuse des molles roses commence
À frémir, si d’un cri le diamant fatal
Fêle d’un fil de jour toute la fable immense.

§

L’esile luna versa un sacro lume,
Un velo tessuto d’argento leggero,
Sui gradini di marmo ove l’Ombra viene a sognare
La scia di seta iridata d’un carro di perla.

Per i morbidi cigni che sfiorano i canneti
Con carene di penne quasi luminose,
Sfoglia infinita una rosa di neve
I cui petali fanno dei cerchi sull’acqua…

È vivere, questo?… O deserto di estasiata voluttà,
Dove dell’acqua lucente il debole palpito muore,
Logorando l’arcana soglia degli echi di cristallo…

Freme la carne confusa delle tenere rose
Se d’un grido il diamante fatale
Con un filo di luce l’immensa favola incrina.

PAUL VALÉRY

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Published in: on giugno 12, 2016 at 06:56  Comments (1)  

Valvins

Si tu veux dénouer la forêt qui t’aère
Heureuse, tu te fonds aux feuilles, si tu es
Dans la fluide yole à jamais littéraire,
Traînant quelques soleils ardemment situés

Aux blancheurs de son flanc que la Seine caresse
Émue, ou pressentant l’après-midi chanté,
Selon que le grand bois trempe une longue tresse,
Et mélange ta viole au meilleur de l’été.

Mais toujours prês de toi que le silence livre
Aux cris multipliés de tout le brut azur,
L’ombre de quelque page éparse d’aucun livre

Tremble, reflet de voile vagabonde sur
La poudreuse peau de la rivière verte
Parmi le long regard de la Seine entr’ouverte.

§

Se sciogliere tu vuoi la foresta che lieta

Ti vèntila alle foglie tu ti confondi se
Vai sul canotto lieve, ormai sacro al poeta,
Scintillante di soli in accensione che

Errano sulla bianca fiancata alla carezza
Della Senna increspata o prèsaga del canto
Del Pomeriggio mentre tuffa una lunga treccia
Il gran bosco e la tua vela mischia all’incanto

Dell’Estate. Ma sempre presso te, abbandonato
Dal silenzio ai crescenti gridi del vivo azzurro,
L’ombra di qualche foglio di libro, sparpagliato,

Trema come la tua vela e scivola sulla
Carne della verde acqua di polvere coperta
In mezzo a un lungo sguardo, la Senna semiaperta.

PAUL VALÉRY
Published in: on febbraio 8, 2015 at 07:01  Comments (4)  

Le vane ballerine

LES VAINES DANSEUSES

Celles qui sont des fleurs légères sont venues,
Figurines d’or et beautés toutes menues
Où s’irise une faible lune… Les voici
Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.
De mauves et d’iris et de nocturnes roses
Sont les grâces de nuit sous leurs danses écloses.
Que de parfums voilés dispensent leurs doigts d’or!

Mais l’azur doux s’effeuille en ce bocage mort
Et de l’eau mince luit à peine, reposée
Comme un pâle trésor d’une antique rosée
D’où le silence en fleur monte… Encor les voici
Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.

Aux calices aimés leurs mains sont gracieuses;
Un peu de lune dort sur leurs lèvres pieuses
Et leurs bras merveilleux aux gestes endormis
Aiment à dénouer sous les myrtes amis
Leurs liens fauves et leurs caresses… Mais certaines,
Moins captives du rythme et des harpes lointaines,
S’en vont d’un pas subtil au lac enseveli
Boire des lys l’eau frêle où dort le pur oubli.

§

Quelle che sono fiori leggeri son venute,
figurine d’oro, bellezze minute
dove iride diviene, debole luna… Eccole
fuggire melodiose nel bosco rischiarato.
Di malva e d’iris e di notturne rose
le grazie nella notte, sotto la loro danza, schiuse.
Che velati profumi, da quelle dita d’oro!

Ma si sfoglia l’azzurro in questo morto bosco
e riluce a fatica un filo d’acqua sottile,
riposata, come tesoro pallido di antica
rugiada, da cui il silenzio in fiori sale. Eccoli
melodiosi fuggire nel bosco rischiarato.

Graziose quelle mani verso gli amati calici;
un po’ di luna dorme sulle devote labbra
e le loro braccia splendide, dai gesti addormentati
dipanano piacevolmente sotto gli amici mirti
i fulvi loro vincoli, carezze… Ma talune
del ritmo meno schiave e delle arpe lontane
verso un sepolto lago vanno con passo lieve
a bere dai gigli la gracile acqua in cui dorme l’oblio.

PAUL VALÉRY

Published in: on aprile 7, 2014 at 07:18  Comments (1)  

Un chiaro fuoco

Feu

UN FEU DISTINCT

Un feu distinct m’habite, et je vois froidement
La violente vie illuminée entière…
Je ne puis plus aimer seulement qu’en dormant
Ses actes gracieux mélangés de lumière.

Mes jours viennent la nuit me rendre des regards,
Après le premier temps de sommeil malheureux ;
Quand le malheur lui-même est dans le noir épars
Ils reviennent me vivre et me donner des yeux.

Que si leur joie éclate, un écho qui m’éveille
N’a rejeté qu’un mort sur ma rive de chair,
Et mon rire étranger suspend à mon oreille,

Comme à la vide conque un murmure de mer,
Le doute — sur le bord d’une extrême merveille,
Si je suis, si je fus, si je dors ou je veille?

§

Un chiaro fuoco m’abita e vedo freddamente
la violenta vita, illuminata tutta…
io non posso più amare oramai che dormendo
i suoi graziosi atti mescolati di luce.

I giorni miei, la notte, mi riportano sguardi
dopo i primi momenti di un infelice sonno,
quando sparsa nel buio è la sventura stessa,
tornano a farmi vivere, mi danno ancora occhi.

Se erompe quella gioia, un’eco che mi sveglia
ributta solo un morto, alla mia riva di carne.
E al mio orecchio sospende, il mio riso straniero

come alla vuota conchiglia un sussurro di mare,
il dubbio – sul bordo di un’estrema meraviglia,
se io sono, se fui; se dormo oppure veglio…

PAUL VALÉRY

Published in: on novembre 2, 2013 at 07:27  Comments (2)  

I passi

LES PAS

Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

Personne pure, ombre divine,
Qu’ils sont doux, tes pas retenus!
Dieux!… tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus!

Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l’apaiser,
À l’habitant de mes pensées
La nourriture d’un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d’être et de n’être pas,
Car j’ai vécu de vous attendre,
Et mon coeur n’était que vos pas.

§

Nati dal mio silenzio,
posati santamente,
lentamente, i tuoi passi
procedono al mio letto
di veglia muti e gelidi.

Persona pura, ombra
divina, come dolci
i passi che trattieni.
O iddii, quali indovino
i doni che mi attendono
sopra quei piedi nudi!

Se da protese labbra,
per’ acquietarlo, all’ospite
dei miei sogni prepari
d’un bacio il nutrimento,
non affrettarlo il gesto
tenero, dolcezza
di essere e non essere:

io vissi dell’attesa
di te, il mio lento cuore
non era che i tuoi passi.

PAUL VALÉRY

Published in: on ottobre 10, 2012 at 07:40  Comments (5)  

Hélène

Azur! C’est moi… Je viens des grottes de la mort

Entendre l’onde se rompre aux degrés sonores,

Et je revois les galères dans les aurores

Ressusciter de l’ombre au fil des rames d’or.

Mes solitaires mains appellent les monarques

Dont la barbe de sel amusait mes doigts purs;

Je pleurais. Ils chantaient leurs triomphes obscurs

Et les golfes enfuis aux poupes de leurs barques.

J’entends les conques profondes et les clairons

Militaires rythmer le vol des avirons;

Le chant clair des rameurs enchaîne le tumulte,

Et les Dieux, à la proue héroïque exaltés

Dans leur sourire antique et que l’écume insulte,

Tendent vers moi leurs bras indulgents et sculptés.

§

Cieli son io: ritorno dagli spechi
della morte. Qui ascolto l’onda rompersi
ai gradini sonori, qui rivedo
le galee nell’aurora, che resuscitano
ombra sul filo dei dorati remi.

Con le mani solinghe chiamo i re
la cui barba di sale  m ‘allietava
le pure dita. E io piangevo e quelli
cantavano i trionfi oscuri e i golfi
perduti a poppa delle loro barche.

Ascolto le profonde conche e i litui
militari che il volo ai remi scandono;
il chiaro canto della ciurma scioglie
il tumulto e gli dei sopra l’eroica
prora esaltati, con i sorrisi antichi
cui insulta la schiuma, verso me
tendono abbracci indulgenti e scolpiti

PAUL VALÉRY

L’ape

L’ABEILLE

Quelle, et si fine, et si mortelle,
Que soit ta pointe, blonde abeille,
Je n’ai, sur ma tendre corbeille,
Jeté qu’un songe de dentelle.

Pique du sein la gourde belle,
Sur qui l’Amour meurt ou sommeille,
Qu’un peu de moi-même vermeille,
Vienne à la chair ronde et rebelle !

J’ai grand besoin d’un prompt tourment :
Un mal vif et bien terminé
Vaut mieux qu’un supplice dormant !

Soit donc mon sens illuminé
Par cette infime alerte d’or
Sans qui l’Amour meurt ou s’endort !

§

Quale che sia, e mortale,
e fina la tua punta,
il mio cestello tenero
non ti velo, ape bionda,
che d’un sogno di trina.

Pungi al seno la bella
mela, cui posa Amore
e vi langue o vi muore;
alla mia carne tonda
e ribelle che affiori
di me vermiglia un poco.

D’un alacre tormento
bramo l’offesa; meglio,
cresciuto e vivo, un male
che una sopita pena.

Illumini il mio senso
l’infima sveglia d’oro,
di cui se privo, Amore
perisce o s’addormenta.

PAUL VALÉRY

Published in: on dicembre 5, 2009 at 07:10  Comments (3)  
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