Il lume, il dormiente

LA LAMPE, LE DORMEUR

I

Je ne savais dormir sans toi, je n’osais pas
Risquer sans toi les marches descendantes.
Plus tard, j’ai découvert que c’est un autre songe,
Cette terre aux chemins qui tombent dans la mort.

Alors je t’ai voulue au chevet de ma fièvre
D’inexister, d’être plus noir que tant de nuit,
Et quand je parlais haut dans le monde inutile,
Je t’avais sur les voies du trop vaste sommeil.

Le dieu pressant en moi, c’étaient ces rives
Que j’éclairais de l’huile errante, et tu sauvais
Nuit après nuit mes pas du gouffre qui m’obsède,
Nuit après nuit mon aube, inachevable amour.

II

— Je me penchais sur toi, vallée de tant de pierres,
J’écoutais les rumeurs de ton grave repos,
J’apercevais très bas dans l’ombre qui te couvre
Le lieu triste où blanchit l’écume du sommeil.

Je t’écoutais rêver. Ô monotone et sourde,
Et parfois par un roc invisible brisée,
Comme ta voix s’en va, ouvrant parmi ses ombres
Le gave d’une étroite attente murmurée!

Là-haut, dans les jardins de l’émail, il est vrai
Qu’un paon impie s’accroît des lumières mortelles.
Mais toi il te suffit de ma flamme qui bouge,
Tu habites la nuit d’une phrase courbée.

Qui es-tu ? Je ne sais de toi que les alarmes,
Les hâtes dans ta voix d’un rite inachevé.
Tu partages l’obscur au sommet de la table,
Et que tes mains sont nues, ô seules éclairées!

§

I

Non sapevo dormire senza di te, non osavo
Senza di te affrontare i gradini declivi.
Più tardi ho scoperto che questo è un altro sogno,
La terra dai precipiti sentieri nella morte.

Ti ho voluta allora al capezzale della mia febbre
Di non esistere, d’essere nero più di tanta notte,
E quando nel mondo inutile parlavo ad alta voce,
Avevo te, sulle vie del troppo vasto sonno.

Il dio in me urgente erano rive che rischiaravo
Con l’olio errante, ed eri tu a salvare i miei passi
Di notte in notte dalla voragine d’angoscia,
Di notte in notte, tu, alba, senza fine amore.

II

− Su di te mi chinavo, valle di tante pietre,
Ascoltavo il mormorio del grave tuo riposo,
Scorgevo nel profondo dell’ombra che ti copre
Il luogo triste ove la schiuma s’imbianca, del sonno.

Ti ascoltavo sognare. Oh monotona e sorda,
Talvolta da una roccia invisibile spezzata,
Come si allontana la tua voce, aprendo fra le ombre
Il borro di un’esigua attesa mormorata!

Lassù, nei giardini di smalto, è vero
Che un empio pavone si accresce di luci mortali.
Ma basta per te la mia fiamma che oscilla,
Tu abiti la notte di una frase ricurva.

Chi sei? Di te conosco soltanto gli allarmi,
Nella tua voce gli affanni d’un rito incompiuto.
Tu dividi l’oscuro a sommo del desco,
E quanto nude le tue mani, oh sole in luce!

YVES BONNEFOY

Published in: on settembre 13, 2016 at 06:52  Lascia un commento  

Una voce

UNE VOIX

Écoute-moi revivre dans ces forêts
Sous les frondaisons de mémoire
Où je passe verte,
Sourire calciné d’anciennes plantes sur la terre,
Race charbonneuse du jour.

Écoute-moi revivre, je te conduis
Au jardin de présence,
L’abandonné au soir et que des ombres couvrent,
L’habitable pour toi dans le nouvel amour.

Hier régnant désert, j’étais feuille sauvage
Et libre de mourir,
Mais le temps mûrissait, plainte noire des combes,
La blessure de l’eau dans les pierres du jour.

§

Ascoltami rivivere nei boschi sotto il fogliame della memoria dove verdeggiante trascorro, sorriso calcinato di antiche piante sulla terra, stirpe carbonacea del giorno. Ascoltami rivivere, ti conduco al giardino di presenza, abbandonato alla sera e ricoperto d’ombre, abitabile per te nel nuovo amore. Ieri deserto regnante, ero una foglia selvatica e libera di morire, ma il tempo maturava, nero compianto delle valli, la ferita dell’acqua nelle pietre del giorno.

YVES BONNEFOY

 

Published in: on marzo 1, 2014 at 07:48  Comments (1)  

Terra dell’alba

TERRE DU PETIT JOUR

L’aube passe le seuil, le vent s’est tu,
Le feu enclos dans la laure des ombres.

Terre des bouches froides, ô criant
Le plus vieux deuil par tes secretes clues,
L’aube va refleurir sur tes yeux de sommeil,
Découvre-moi souillé ton visage d’orante.

§

L’alba oltrepassa la soglia, si è acquietato il vento,
il fuoco rinchiuso nel chiostro delle ombre.

O terra di bocche fredde, che gridi
il lutto più antico dai tuoi segreti anfratti,
l’alba rifiorirà sui tuoi occhi di sonno,
rivelami, macchiato, il tuo viso che prega.

YVES BONNEFOY

Published in: on luglio 10, 2013 at 07:27  Lascia un commento