Albergo a ore

LES AMANTS D’UN JOUR

Moi j’essuie les verres
Au fond du café
J’ai bien trop à faire
Pour pouvoir rêver
Mais dans ce décor
Banal à pleurer
Il me semble encore
Les voir arriver…

Ils sont arrivés
Se tenant par la main
L’air émerveillé
De deux chérubins
Portant le soleil
Ils ont demandé
D’une voix tranquille
Un toit pour s’aimer
Au cœur de la ville
Et je me rappelle
Qu’ils ont regardé
D’un air attendri
La chambre d’hôtel
Au papier jauni
Et quand j’ai fermé
La porte sur eux
Y avait tant de soleil
Au fond de leurs yeux
Que ça m’a fait mal,
Que ça m’a fait mal…

Moi, j’essuie les verres
Au fond du café
J’ai bien trop à faire
Pour pouvoir rêver
Mais dans ce décor
Banal à pleurer
C’est corps contre corps
Qu’on les a trouvés…

On les a trouvés
Se tenant par la main
Les yeux fermés
Vers d’autres matins
Remplis de soleil
On les a couchés
Unis et tranquilles
Dans un lit creusé
Au cœur de la ville
Et je me rappelle
Avoir refermé
Dans le petit jour
La chambre d’hôtel
Des amants d’un jour
Mais ils m’ont planté
Tout au fond du cœur
Un goût de leur soleil
Et tant de couleurs
Que ça m’a fait mal,
Que ça m’a fait mal…

Moi j’essuie les verres
Au fond du café
J’ai bien trop à faire
Pour pouvoir rêver
Mais dans ce décor
Banal à pleurer
Y a toujours dehors…
… La chambre à louer…

ALAIN BASHUNG

§

Io lavoro al bar
d’un albergo a ore
porto su il caffè
a chi fa l’amore.
Vanno su e giù
coppie tutte eguali,
non le vedo più
manco con gli occhiali…

Ma sono rimasto là come un cretino
vedendo quei due arrivare un mattino:
puliti, educati, sembravano finti
sembravano proprio due santi dipinti
M’han chiesto una stanza
gli ho fatto vedere
la meno schifosa,
la numero tre.

E ho messo nel letto i lenzuoli più nuovi
poi, come San Pietro,
gli ho dato le chiavi
gli ho dato le chiavi di quel paradiso
e ho chiuso la stanza, sul loro sorriso

Io lavoro al bar
di un albergo a ore
porto su il caffè a chi fa l’amore.
Vanno su e giù
coppie tutte eguali
non le vedo più
manco con gli occhiali.

Ma sono rimasto là come un cretino
aprendo la porta
in quel grigio mattino,
se n’erano andati,
in silenzio perfetto,
lasciando soltanto i due corpi nel letto.
Lo so, che non c’entro, però non è giusto,
morire a vent’anni e poi, proprio qui!
Me li hanno incartati nei bianchi lenzuoli
e l’ultimo viaggio l’han fatto da soli:
né fiori né gente, soltanto un furgone,
ma là dove stanno, staranno benone

lo lavoro al bar
d’un albergo ad ore
portò su il caffè
a chi fa l’amore…
lo sarò un cretino
ma chissà perché
non mi va di dare a nessuno
la chiave del tre

HERBERT PAGANI

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