Versi aurei

VERS DORÉS

L’art ne veut point de pleurs et ne transige pas,
Voilà ma poétique en deux mots : elle est faite
De beaucoup de mépris pour l’homme et de combats
Contre l’amour criard et contre l’ennui bête.

Je sais qu’il faut souffrir pour monter à ce faîte
Et que la côte est rude à regarder d’en bas.
Je le sais, et je sais aussi que maint poète
A trop étroits les reins ou les poumons trop gras.

Aussi ceux-là sont grands, en dépit de l’envie,
Qui, dans l’âpre bataille ayant vaincu la vie
Et s’étant affranchis du joug des passions,

Tandis que le rêveur végète comme un arbre
Et que s’agitent, – tas plaintif, – les nations,
Se recueillent dans un égoïsme de marbre.

§

L’arte non vuole lacrime e non transige,
ecco in due parole la mia poetica: è fatta
di grande disprezzo per l’uomo e di lotte
contro l’amore stridulo e la stupida noia.

So che bisogna penare per ascender la vetta
e la salita è ripida a guardarla dal basso.
Lo so, e so anche che molti poeti
hanno spalle troppo strette o polmoni fiacchi.

Così sono grandi coloro che, a dispetto dell’invidia,
avendo vinto la vita nell’aspra battaglia
ed ormai liberi dal giogo delle passioni,

mentre come un albero vegeta il sognatore
e si agitano – lamentoso ammasso – le nazioni,
si raccolgono in un egoismo di marmo.

PAUL VERLAINE