Fame

FAIM

Si j’ai du goût, ce n’est guère
Que pour la terre et les pierres.
Je déjeune toujours d’air,
De roc, de charbons, de fer.

Mes faims, tournez. Paissez, faims,
Le pré des sons.
Attirez le gai venin
Des liserons.

Mangez les cailloux qu’on brise,
Les vieilles pierres d’églises;
Les galets des vieux déluges,
Pains semés dans les vallées grises.

∗∗∗

Le loup criait sous les feuilles
En crachant les belles plumes
De son repas de volailles:
Comme lui je me consume.

Les salades, les fruits
N’attendent que la cueillette;
Mais l’araignée de la haie
Ne mange que des violettes.

Que je dorme! que je bouille
Aux autels de Salomon.
Le bouillon court sur la rouille,
Et se mêle au Cédron.

 

§

Se ho fame, è solo
di terra e di pietre.
Mi nutro sempre d’aria,
di roccia, di ferro, di carbone.

Fami mie, danzate. Pascolate, fami,
sul prato dei suoni.
Succhiate il gaio veleno
dei convolvoli.

Mangiate i sassi spaccati,
le vecchie pietre di chiese;
i ciottoli degli antichi diluvi,
pani sparsi nelle vallate grigie.

∗∗∗

Il lupo ululava tra le foglie
sputando le belle piume
del suo pasto di pollame:
come lui io mi consumo.

L’insalata, la frutta
aspettano solo d’esser colte;
ma il ragno della siepe
non mangia che violette.

Ah! dormire, bollire
sugli altari di Salomone.
Il brodo corre sulla ruggine,
e si mescola col Cedron.

ARTHUR RIMBAUD

Published in: on dicembre 10, 2016 at 07:07  Lascia un commento  

Bandiere di maggio

BANNIÈRES DE MAI

Aux branches claires des tilleuls
Meurt un maladif hallali.
Mais des chansons spirituelles
Voltigent parmi les groseilles.
Que notre sang rie en nos veines,
Voici s’enchevêtrer les vignes.
Le ciel est joli comme un ange.
L’azur et l’onde communient.
Je sors. Si un rayon me blesse
Je succomberai sur la mousse.

Qu’on patiente et qu’on s’ennuie
C’est trop simple. Fi de mes peines.
je veux que l’été dramatique
Me lie à son char de fortunes
Que par toi beaucoup, ô Nature,
– Ah moins seul et moins nul ! – je meure.
Au lieu que les Bergers, c’est drôle,
Meurent à peu près par le monde.

Je veux bien que les saisons m’usent.
A toi, Nature, je me rends ;
Et ma faim et toute ma soif.
Et, s’il te plaît, nourris, abreuve.
Rien de rien ne m’illusionne ;
C’est rire aux parents, qu’au soleil,
Mais moi je ne veux rire à rien;
Et libre soit cette infortune.

§

Ai chiari rameggi dei tigli
Muore un estenuato hallalì.
Pure, spiritose canzoni
Volteggiano tra l’uva spina.
Che rida nelle vene il nostro sangue,
Ecco di sè fare intrico le vigne:
Leggiadro cielo come un angelo.
Si toccano l’onda e l’azzurro.
Esco. Se mi penetra un raggio,
Mi lascerò cadere sopra il muschio.

Aver pazienza o provar tedio

E’ semplice, troppo. Via via, mie pene.
Voglio che l’estate drammatica
Al carro suo mi avvinca di fortuna.
Che molto per tuo tramite, Natura,
– Oh, meno solo e annichilito! – muoia.
Al contrario i Pastori, è strano,
Muoiono pressapoco per il mondo.

M’usino pure le stagioni.
A te, Natura, m’abbandono;
Con la mia fame e con la sete tutta.
Tu dammi, ti prego, acqua e nutrimento.
Niente di niente ormai m’illude;

Ridere al sole è un pò ridere ai tuoi,
Ed io non voglio più ridere a nulla;
Dunque, libera sia questa sventura.
.
ARTHUR RIMBAUD
Published in: on gennaio 24, 2016 at 07:21  Comments (1)  

I corvi

LES CORBEAUX

Seigneur, quand froide est la prairie,

Quand dans les hameaux abattus,

Les longs angelus se sont tus…

Sur la nature défleurie

Faites s’abattre des grands cieux

Les chers corbeaux délicieux.

Armée étrange aux cris sévères,

Les vents froids attaquent vos nids !

Vous, le long des fleuves jaunis,

Sur les routes aux vieux calvaires,

Sur les fossés et sur les trous

Dispersez-vous, ralliez- vous !

Par milliers, sur les champs de France,

Où dorment des morts d’avant-hier,

Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver,

Pour que chaque passant repense !

Sois donc le crieur du devoir,

O notre funèbre oiseau noir !

Mais, saints du ciel, en haut du chêne,

Mât perdu dans le soir charmé,

Laissez les fauvettes de mai

Pour ceux qu’au fond du bois enchaîne,

Dans l’herbe d’où l’on ne peut fuir,

La défaite sans avenir.

§

Signore, quando i campi sono freddi,

Quando sui casolari diroccati,

Tacciono i rintocchi dell’angelus…

Sulla natura sfiorita

Fa’ che si avventino dai grandi cieli

I corvi cari e deliziosi.

Strana masnada di severi stridi,

Il vento freddo vi aggredisce i nidi!

Oh voi, lungo i fiumi ingialliti,

Voi, per le strade d’antiche vie crucis,

Sopra i fossati e sopra le buche

Disperdetevi, su, radunatevi!

A migliaia, sui coltivi di Francia,

Ove dormono i morti dell’altro ieri,

Su, d’inverno, turbinate,

Affinché ogni passante ripensi!

Che tu sia il banditore del dovere,

Oh nostro funereo uccello nero!

Però, santi del cielo, sulla quercia,

Alta a maestra nella sera incantata,

Lasciate le capinere di maggio

Per chi in fondo al bosco, sull’erba

Da cui nessuno sfugge, è incatenato

A una disfatta che non ha domani.

.

ARTHUR RIMBAUD

Published in: on ottobre 31, 2015 at 05:12  Lascia un commento  

L’addormentato della valle

LE DORMEUR DU VAL

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

§

È una gola di verzura dove il fiume canta
impigliando follemente alle erbe stracci
d’argento: dove il sole, dalla fiera montagna
risplende: è una piccola valle che spumeggia di raggi.

Un giovane soldato, bocca aperta, testa nuda,
e la nuca bagnata nel fresco crescione azzurro,
dorme; è disteso nell’erba, sotto la nuvola,
pallido nel suo verde letto dove piove la luce.

I piedi tra i gladioli, dorme. Sorridente come
sorriderebbe un bimbo malato, fa un sonno.
O natura, cullato tiepidamente: ha freddo.

I profumi non fanno più fremere la sua narice;
Dorme nel sole, la mano sul suo petto
tranquillo. Ha due rosse ferite sul fianco destro.

ARTHUR RIMBAUD

Published in: on gennaio 23, 2015 at 07:23  Comments (3)  

La mia Bohème

MA BOHÈME

(Fantaisie)

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

§

– Fantasia –

Me ne andavo, coi pugni nelle tasche sfondate,
E pure il mio paltò diventava ideale;
Andavo sotto il cielo, mia Musa, a te leale;
Amorose avventure, magnifiche e sognate!

Nei miei soli calzoni un buco s’allargava.
– Sognante Pollicino, sgranavo nella corsa
Rime. La mia locanda era lassù, nell’Orsa.
– Soavemente in cielo le mie stelle frusciavano.

E le ascoltavo, ai bordi di qualche strada assiso,
In quelle dolci sere di settembre, col viso
Bagnato di rugiada che ha di vino il vigore;

E, rimando nel mezzo di buiori fantastici,
Tiravo, come corde di una lira, gli elastici
Delle scarpe ferite, un piede accanto al cuore!

ARTHUR RIMBAUD

Published in: on luglio 9, 2014 at 07:45  Comments (3)  

Mistico

Mistico

MYSTIQUE

Sur la pente du talus les anges tournent leurs robes de laine dans les herbages d’acier et d’émeraude.
Des prés de flammes bondissent jusqu’au sommet du mamelon. À gauche le terreau de l’arête est piétiné par tous les homicides et toutes les batailles, et tous les bruits désastreux filent leur courbe. Derrière l’arête de droite la ligne des orients, des progrès.
Et tandis que la bande en haut du tableau est formée de la rumeur tournante et bondissante des conques des mers et des nuits humaines,
La douceur fleurie des étoiles et du ciel et du reste descend en face du talus comme un panier, contre notre face, et fait l’abîme fleurant et bleu là-dessous.

§

Sul pendio della scarpata gli angeli fanno ruotare le loro vesti di lana fra le erbe d’acciaio e di smeraldo.
Prati di fiamme balzano fino alla cima del dosso. A sinistra il terriccio del crinale è calpestato da tutti gli omicidi e da tutte le battaglie, e tutti i rumori disastrosi disegnano una rapida curva. Dietro il crinale di destra la linea degli orienti, dei progressi.
E mentre la striscia in alto del quadro è formata dal rumore avvolgente e scattante delle conche dei mari e delle notti umane,
La dolcezza fiorita delle stelle e del cielo e del resto scende di fronte alla scarpata, come un paniere, – contro la nostra faccia, e fa l’abisso olezzante e azzurro là sotto.

ARTHUR RIMBAUD

Published in: on gennaio 24, 2014 at 07:10  Comments (4)  

Ofelia

OPHÉLIE

I

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

II

Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
– C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d’étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
– Et l’Infini terrible effara ton oeil bleu !

III

– Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

§

I

Sull’onda calma e nera dove le stelle dormono
Fluttua la bianca Ofelia come un gran giglio, fluttua
Lentissima, distesa sopra i suoi lunghi veli…
– S’odono da lontano, nei boschi, hallalì.

Da mille anni e più la dolorosa Ofelia
Passa, fantasma bianco, sul lungo fiume nero;
Da mille anni e più la sua dolce follia
Mormora una romanza al vento della sera.

La brezza le bacia il seno e distende a corolla
Gli ampi veli, dolcemente cullati dalle acque;
Le piange sull’omero il brivido dei salici,
S’inclinano sulla fronte sognante le giuncaie.

Sgualcite, le ninfee le sospirano intorno;
Ella ridesta a volte, nell’ontano che dorme,
Un nido, da cui sfrùscia un batter d’ali:
– Un canto misterioso scende dagli astri d’oro.

II

Pallida Ofelia! Come neve bella!
In verde età moristi, trascinata da un fiume!
– Calati dai grandi monti di Norvegia, i venti
Ti avevano parlato di un’aspra libertà;

Poi che un soffio, attorcendoti la chioma folta,
All’animo sognante recava strane voci;
E il tuo cuore ascoltava la Natura cantare
Nei sospiri della notte, nei lamenti dell’albero;

Poi che il grido dei mari dementi, immenso rantolo,
Frantumava il tuo seno, fanciulla, umano troppo, e dolce;
Poi che un mattino d’aprile, un bel cavaliere pallido
Sedette, taciturno e folle, ai tuoi ginocchi!

Cielo! Libertà! Amore! Sogno, povera Folle!
Là ti scioglievi come neve al fuoco:
Le tue grandi visioni ti facevano muta
– E il tremendo Infinito atterrì il tuo sguardo azzurro!

III

– E il Poeta racconta che al raggio delle stelle
Vieni, la notte, a prendere i fiori che cogliesti,
E che ha visto sull’acqua, stesa nei lunghi veli,
Fluttuare bianca come un gran giglio Ofelia.

ARTHUR RIMBAUD

Published in: on novembre 30, 2013 at 07:19  Comments (5)  

Giovani sposi

JEUNE MÉNAGE

La chambre est ouverte au ciel bleu-turquin ;
Pas de place : des coffrets et des huches !
Dehors le mur est plein d’aristoloches
Où vibrent les gencives des lutins.

Que ce sont bien intrigues de génies
Cette dépense et ces désordres vains !
C’est la fée africaine qui fournit
La mûre, et les résilles dans les coins.

Plusieurs entrent, marraines mécontentes,
En pans de lumière dans les buffets,
Puis y restent ! le ménage s’absente
Peu sérieusement, et rien ne se fait.

Le marié a le vent qui le floue
Pendant son absence, ici, tout le temps.
Même des esprits des eaux, malfaisants
Entrent vaguer aux sphères de l’alcôve.

La nuit, l’amie oh ! la lune de miel
Cueillera leur sourire et remplira
De mille bandeaux de cuivre le ciel.
Puis ils auront affaire au malin rat.

– S’il n’arrive pas un feu follet blême,
Comme un coup de fusil, après des vêpres.
– Ô spectres saints et blancs de Bethléem,
Charmez plutôt le bleu de leur fenêtre !

§

La camera è aperta al cielo azzurro turchino; non c’è posto: cofanetti e madie! Fuori il muro è coperto di aristolochie ove vibrano le gengive dei folletti.

Son davvero intrighi di geni questa spesa e questi disordini vani! E la fata africana che fornisce la mora e le reticelle negli angoli.

Parecchie entrano, madrine scontente, con lembi di luce negli armadi, poi vi rimangono! la coppia s’assenta poco seriamente e non si combina nulla.

Lo sposo è soppiantato dal vento, durante la sua assenza, qui, di continuo. Perfino spiriti delle acque, malefici, entrano e vagano tra le sfere dell’alcova.

Nella notte amica, oh, la luna di miele raccoglierò il loro sorriso e riempirò di mille strisce di rame il cielo. Poi avranno da fare col topolino maligno.

– Se non arriva un pallido fuoco fatuo, come una fucilata, dopo i vespri. O santi e bianchi spettri di Betlemme, incantate piuttosto l’azzurro della loro finestra!

ARTHUR RIMBAUD

Sognato per l’inverno

RÊVÉ POUR L’HIVER

L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose

Avec des coussins bleus.

Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose

Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’oeil, pour ne point voir, par la glace,

Grimacer les ombres des soirs,

Ces monstruosités hargneuses, populace

De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée…

Un petit baiser, comme une folle araignée,

Te courra par le cou…

Et tu me diras : “Cherche !”, en inclinant la tête,

– Et nous prendrons du temps à trouver cette bête

– Qui voyage beaucoup…

§

L’inverno noi andremo in un vagone rosa
con i cuscini azzurri.
Staremo bene, cara. Folli baci si annidano
in quella morbidezza.
Abbasserai le palpebre per non veder dal vetro
le ombre che fan smorfie,
mostri serali arcigni, una nera plebaglia
di demoni e di lupi.

A un tratto sulla guancia sentirai come un graffio…
un bacio leggerissimo ti correrà sul collo
come un ragno impazzito…

Tu mi dirai “Cercalo!” piegando un pò la testa…
Ci occorrerà del tempo per trovar quella bestia
che va di qua e di là.

ARTHUR RIMBAUD

Canzone della più alta torre

CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR

Oisive jeunesse
À tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah! que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent.

Je me suis dit : laisse,
Et qu’on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t’arrête
Auguste retraite.

J’ai tant fait patience
Qu’à jamais j’oublie;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Ainsi la Prairie
À l’oubli livrée,
Grandie, et fleurie
D’encens et d’ivraies,
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.

Ah! Mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n’a que l’image
De la Notre-Dame!
Est-ce que l’on prie
La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse
À tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah! que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent.

 §

Oziosa giovinezza a tutto asservita, per delicatezza ho perduto la mia vita.

Ah, venga il tempo in cui i cuori s’innamorino!

Mi sono detto: Lascia, e non ti si veda. E senza la promessa delle gioie più alte, nulla t’arresti, augusto ritiro.

O mille vedovanze della sì povera anima, che ha soltanto l’immagine della Nostra Signora: si prega la Vergine Maria?

Ho tanto pazientato che per sempre oblio; timori e sofferenze si sono involati per i cieli. E la sete malsana oscura le mie vene.

Così la prateria abbandonata all’oblio; ingrandita e fiorita d’incenso e di loglio; al ronzio feroce di cento sudice mosche.

Oziosa giovinezza a tutto asservita, per delicatezza ho perduto la mia vita.

Ah, venga il tempo in cui i cuori s’innamorino!

ARTHUR RIMBAUD