Sono l’eresiarca

JE SUIS L’HÉRÉSIARQUE

Je suis l’hérésiarque de toutes les églises
Je te préfère à tout ce qui vaut de vivre et de mourir
Je te porte l’encens des lieux saints et la chanson du forum
Vois mes genoux en sang de prier devant toi
Mes yeux crevés pour tout ce qui n’est pas ta flamme
Je suis sourd à toute plainte qui n’est pas de ta bouche
Je ne comprends des millions de morts que lorsque c’est toi qui gémis
C’est à tes pieds que j’ai mal de tous les cailloux des chemins
À tes bras déchirés par toutes les haies de ronces
Tous les fardeaux portés martyrisent tes épaules
Tout le malheur du monde est dans une seule de tes larmes
Je n’avais jamais souffert avant toi
Souffert est-ce qu’elle a souffert
La bête clamant une plaie
Comment pouvez-vous comparer au mal animal
Ce vitrail en mille morceaux où s’opère une mise en croix du jour
Tu m’as enseigné l’alphabet de douleur
Je sais maintenant lire les sanglots Ils sont tous faits de ton nom
De ton nom seul ton nom brisé ton nom de rose effeuillée
Ton nom le jardin de toute Passion
Ton nom que j’irais dans le feu de l’enfer écrire à la face du monde
Comme ces lettres mystérieuses à l’écriteau du Christ
Ton nom le cri de ma chair et la déchirure de mon âme
Ton nom pour qui je brûlerais tous les livres
Ton nom toute science au bout du désert humain
Ton nom qui est pour moi l’histoire des siècles
Le cantique des cantiques
Le verre d’eau dans la chaîne des forçats
Et tous les vocables ne sont qu’un champ de culs-de-bouteille à la porte d’une cité maudite
Quand ton nom chante à mes lèvres gercées
Ton nom seul et qu’on me coupe la langue
Ton nom
Toute musique à la minute de mourir

§

Sono l’eresiarca di tutte le chiese
Ti antepongo a tutto ciò per cui vale la pena di vivere e morire
Ti porto l’incenso dei luoghi santi e la canzone del foro
Guarda le mie ginocchia che sanguinano per il tanto pregare davanti a te
I miei occhi ciechi per tutto ciò che non è tua fiamma
Sono sordo a ogni pianto che non venga dalla tua bocca
Non capisco i milioni di morti se non quando sei tu che gemi
È per i tuoi piedi che provo dolore a ogni sasso dei viottoli
Per le tue braccia lacerate da tutti i cespugli di rovo
Tutti i fardelli che si portano straziano le tue spalle
Tutti i dolori del mondo sono racchiusi in una tua lacrima
Non avevo mai sofferto prima di te
Si può forse dire che soffra
La bestia che ferita lancia un grido
Come potete paragonare al male animale
Questa vetrata in mille pezzi dove si compie una crocifissione del giorno
Tu m’hai insegnato l’alfabeto del dolore
Io adesso so leggere i singhiozzi Sono fatti tutti del tuo nome
Del tuo nome soltanto il tuo nome spezzato il tuo nome di rosa sfogliata
Il tuo nome giardino di ogni Passione
Il tuo nome che andrò a scrivere nel fuoco dell’inferno alla faccia del mondo
Come quelle lettere misteriose sulla croce del Cristo
Il tuo nome grido della mia carne e strazio della mia anima
Il tuo nome per il quale brucerò tutti i libri
Il tuo nome onnisciente in fondo all’umano deserto
Il tuo nome che è per me la storia dei secoli
Il cantico dei cantici
Il bicchier d’acqua nella catena dei forzati
E tutti i vocaboli non sono che un campo di cocci di bottiglia alle porte di una città maledetta
Quando il tuo nome canta sulle mie labbra spaccate
Il tuo nome soltanto e mi taglino pure la lingua
Il tuo nome
Tutto musica nell’istante della morte

LOUIS ARAGON

Published in: on marzo 9, 2017 at 07:13  Comments (2)  

Le rose di Natale

Rose di Natale

LES ROSES DE NOËL

Quand nous étions le verre qu’on renverse
Dans l’averse un cerisier défleuri
Le pain rompu la terre sous la herse
Ou les noyés qui traversent Paris

Quand nous étions l’herbe jaune qu’on foule
Le blé qu’on pille et le volet qui bat
Le chant tari le sanglot dans la foule
Quand nous étions le cheval qui tombe

Quand nous étions des étrangers en France
Des mendiants sur nos propres chemins
Quand nous tendions aux spectres d’espérance
La nudité honteuse de nos mains

Alors alors ceux-là qui se levèrent
Fût-ce un instant fût-ce aussitôt frappés
En plein hiver furent nos primevères
Et leur regard eut l’éclair d’une épée

Noël Noël ces aurores furtives
Vous ont rendu hommes de peu de foi
Le grand amour qui vaut qu’on meure et vive
A l’avenir qui rénove autrefois

Oserez-vous ce que leur Décembre ose
Mes beaux printemps d’au delà du danger
Rappelez-vous ce lourd parfum des roses
Quand luit l’étoile au dessus des bergers

Au grand soleil oublierez-vous l’étoile
Oublierez-vous comment la nuit finit
Lorsque le vent soufflera dans les voiles
Oublierez-vous la mort d’Iphigénie

Pleure la pourpre aux ailes des pâquerettes
Ou s’il y perle une sueur de sang
Oublierez-vous la hache toujours prête
Les verrez-vous avec des yeux absents

Le sang versé ne peut longtemps se taire
Oublierez vous d’où la récolte vient
Et le raisin des lèvres sur la terre
Et le goût noir qu’en a gardé le vin

§

Quando eravamo il bicchiere rovesciato
Un ciliegio sfiorito nei turbini bigi
La terra sotto l’erpice il pane spezzato
O gli annegati che traversano Parigi
Quando eravamo fieno giallo pestato
Il grano saccheggiato e l’imposta battente
Il canto che smuore la folla piangente
Quando eravamo il cavallo stramazzato
Quando privi in Patria di cittadinanza
Andavamo raminghi senza domani
Quando tendevamo a spettri di speranza
La vergognosa nudità delle mani
Allora quelli che scesero in strada
Foss’anche un momento per subito cadere
Furono in pieno inverno le nostre primavere
Il loro sguardo fu il lampo di una spada
Natale Natale quelle aurore furtive
Restituirono a voi uomini di poca fede
Il grande amore per cui si muore e si vive
Il domani che di ieri si fa erede
Oserete ciò che il loro dicembre osa
Mie belle primavere di scampato pericolo
Ricordate l’intenso profumo di rosa
Quando la stella ai pastori fu veicolo
In pieno sole scorderete la stella
Scorderete come finì quella notte
Quando il vento tenderà le scotte
Scorderete la morte d’Ifigenia bella
Piange la porpora sulle ciglia delle prataiole
O se s’imperlano d’un sudor di sangue
Scorderete la scure sempre in cerca di gole
Le vedrete con occhio che assente langue
Non può a lungo tacere il sangue versato
Scorderete donde venne il raccolto
E l’uva delle labbra sul terreno sconvolto
E il gusto amaro che il vino ne ha serbato

LOUIS ARAGON

Published in: on marzo 7, 2013 at 07:35  Comments (1)  

Credo

Je crois en toi comme au parfum
Comme au chanter d’oiseaux dans les ténèbres
Je crois en toi comme à la mer
Je crois en toi comme à la rose ouverte à minuit
Je crois en toi seule au fronton du monde
Là où le soleil se fait neige
Et l’air feu
Je crois en toi seule à l’horizon de l’homme
Je crois à perdre haleine
Au vertige à l’étourdissement à la chute
A l’anéantir de soi
Je crois en toi comme à la vie
On croit à l’instant de la mort
Je crois en toi sans me tenir à nulle rampe
Je crois en toi dans l’absence et le sommeil
O mon magnolia d’insomnie
Je crois en toi dans le vacarme et le silence
Je crois en toi dans la douleur
Je crois en toi comme à la preuve d’être
Comme au déchirement de l’au-revoir
Je crois en toi plus qu’en l’ombre moi-même
Je crois en toi comme l’eau noire aux reflets d’or
Comme la poussière aux pieds nus
Je crois en toi comme le désert à la pluie
Comme la solitude à l’étreinte
Comme à l’oreille croit le cri.

§

Credo in te come al profumo
Come al cantar d’uccello nelle tenebre
Credo in te come al mare
Credo in te come alla rosa schiusa a mezzanotte
Credo in te sola in faccia al mondo
Là dove il sole si fa neve e l’aria fuoco
Io credo in te sola all’orizzonte dell’uomo
Ti credo a perdifiato
Alla vertigine e allo stordimento
Alla caduta e all’annientamento
Io credo in te come alla vita
Si crede nel momento della morte
Io credo in te senza tenermi ad alcun sostegno
Io credo in te nell’assenza e nel sonno
O  mia magnolia d’insonnia
Io credo in te nel frastuono e nel silenzio
Io credo in te nel dolore
Io credo in te come alla prova dell’esistenza
Come allo strazio dell’addio
Io credo in te più della mia stessa ombra
Io credo in te come l’acqua nera dai riflessi d’oro
Come la polvere al piede nudo
Io credo in te come alla pioggia il deserto
Come la solitudine all’abbraccio
Come all’orecchio crede il grido.

LOUIS ARAGON

Published in: on ottobre 23, 2012 at 07:18  Comments (3)  

Arrivo dove sono straniero

J’arrive où je suis étranger
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps

C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie

C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

§

Nulla è precario come vivere
Nulla è effimero come esistere
E’ un po’ come lo squagliarsi della brina
Come per il vento essere leggero
Io arrivo dove sono straniero

Un giorno tu passi la frontiera
Ma da dove vieni, o dove vai dunque
Domani che importa e che importa ieri
Il cuore cambia con il cardo
Tutto è senza rima né perdono

Passa il dito sulla tua tempia
Tocca l’infanzia dei tuoi occhi
E’ meglio lasciare basse le lampade
La notte ci piace assai più
E’ il lungo giorno che diventa vecchio

Gli alberi sono belli in autunno
Ma il bambino che cosa è diventato
Io mi riguardo e mi stupisco
Di questo viaggiatore sconosciuto
Del suo viso e dei suoi piedi nudi

Poco a poco tu ti fai silenzio
Ma non così in fretta tuttavia
Per non sentire la tua dissonanza
E per non sentire cadere sul te stesso
di una volta il colpo del tempo

E’ duro invecchiare al termine del conto
La sabbia ci scappa tra le dita
E’ come un’acqua fredda che sale
E’ come una vergogna che cresce
Una pelle che grida? Mi sbatti?

E’ duro essere un uomo una cosa
E’ duro rinunciare a tutto
Le senti le metamorfosi
Che accadono dentro di noi
Come piegano lentamente le nostre ginocchia

O mare amaro o mare profondo
Qual è l’ora delle tue maree
Quanti anni occorrono all’uomo
quanti secondi per abiurare l’uomo
perché perché queste sgomitate

Nulla è precario come vivere
Niente è effimero come essere
E’ un po’ come lo squagliarsi della brina
E per il vento esser leggero
Giungo dove sono straniero.

LOUIS ARAGON

Non esistono amori felici

IL N’Y A PAS D’AMOUR HEUREUX

Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force

Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit

Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix

Et quand il croit serrer son bonheur il le broie

Sa vie est un étrange et douloureux divorce

Il n’y a pas d’amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes

Qu’on avait habillés pour un autre destin

A quoi peut leur servir de se lever matin

Eux qu’on retrouve au soir désoeuvrés incertains

Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes

Il n’y a pas d’amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure

Je te porte dans moi comme un oiseau blessé

Et ceux-là sans savoir nous regardent passer

Répétant après moi les mots que j’ai tressés

Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent

Il n’y a pas d’amour heureux

Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard

Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l’unisson

Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson

Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson

Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare

Il n’y a pas d’amour heureux

Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur

Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri

Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri

Et pas plus que de toi l’amour de la patrie

Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs

Il n’y a pas d’amour heureux

Mais c’est notre amour à tous les deux

§

Niente per l’uomo è mai definitivo Non la sua forza

non la debolezza né il suo cuore E quando crede

di aprire le braccia la sua ombra è una croce

e quando vuole stringere la sua felicità la sbriciola

uno strano doloroso divorzio è la sua vita

Non esistono amori felici

La sua vita è come quei soldati disarmati

per altro scopo un tempo equipaggiati

a cosa può servire il loro alzarsi di buon ora

per ritrovarsi a sera disoccupati incerti

dite queste parole La mia vita E trattenete il pianto

Non esistono amori felici

Mio bell’amore amore caro mio strazio

ti porto in me come un uccello ferito

e quelli senza saperlo ci guardano passare

ripetendo dietro di me le parole che ho intrecciato

e che per i tuoi grandi occhi subito morirono

Non esistono amori felici

E’ troppo tardi ormai per imparare a vivere

piangano insieme nella notte i nostri cuori

quanta infelicità per la più piccola canzone

quanti rimorsi per scontare un fremito

quanti singhiozzi per un’aria di chitarra

Non esistono amori felici

Non c’è amore che non dia dolore

non c’è amore che non ferisca

non c’è amore che non lasci il segno

e non meno l’amore di patria che l’amore per te

non c’è amore che non viva di pianto

Non esistono amori felici

ma per noi due c’è il nostro amore

LOUIS ARAGON

Le mani di Elsa

 LES MAINS D’ELSA

Donne-moi tes mains pour l’inquiétude
Donne-moi tes mains dont j’ai tant rêvé
Dont j’ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé 
Lorsque je les prends à mon propre piège
De paume et de peur de hâte et d’émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fuit de partout dans mes mains à moi 
Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Qui me bouleverse et qui m’envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j’ai trahi quand j’ai tressailli 
Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d’aimer qui n’a pas de mots 
Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D’une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d’inconnu 
Donne-moi tes mains que mon coeur s’y forme
S’y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement..

 §

Dammi le tue mani per l’inquietudine
Dammi le tue mani di cui tanto ho sognato
Di cui tanto ho sognato nella mia solitudine
Dammi le tue mani perch’io venga salvato.
Quando le prendo nella mia povera stretta
Di palmo e di paura di turbamento e fretta
Quando le prendo come neve disfatta
Che mi sfugge dappertutto attraverso le dita.
Potrai mai sapere ciò che mi trapassa
Ciò che mi sconvolge e che m’invade
Potrai mai sapere ciò che mi trafigge
E che ho tradito col mio trasalire.
Ciò che in tal modo dice il linguaggio profondo
Questo muto parlare dei sensi animali
Senza bocca e senz’occhi specchio senza immagine
Questo fremito d’amore che non dice parole
Potrai mai sapere ciò che le dita pensano
D’una preda tra esse per un istante tenuta
Potrai mai sapere ciò che il loro silenzio
Un lampo avrà d’insaputo saputo.
Dammi le tue mani ché il mio cuore vi si conformi
Taccia il mondo per un attimo almeno
Dammi le tue mani ché la mia anima vi s’addormenti
Ché la mia anima vi s’addormenti per l’eternità.

LOUIS ARAGON

Published in: on dicembre 11, 2009 at 07:16  Comments (4)  
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